La presse espagnole avait trouvé 100 raisons de croire à la victoire de la Roja, mais voici les vraies explications de son titre.
Au début de la compétition, on les donnait favoris. Puis, après la défaite face à la Suisse, les doutes se sont installés. Pourtant, l’Espagne a su faire face aux adversités et remporter une Coupe du monde atypique pendant laquelle elle a cassé plusieurs mythes et fait mentir de nombreuses statistiques. Retour sur les raisons d’un succès pas si prévisible que cela.
Casillas
Le meilleur gardien de cette Coupe du Monde et capitaine emblématique de la Roja est l’une des raisons majeures du succès. Malgré les attaques sous la ceinture de la presse britannique, pour lesquelles certains exigent des excuses, Iker a su rester concentré et n’a encaissé aucun but pendant la phase à élimination directe. Sa tendance larmoyante et son geste d’amour envers Sara Carbonero en ont fait le prince charmant de toutes les espagnoles. Mais San Iker a accessoirement arrêté un penalty décisif face au Paraguay et sorti un pied magique face à Robben. Il est toujours là dans les moments décisifs.
Cinq centimètres
C’est ce qui fait la différence entre une équipe championne du monde et une qui ne l’est pas. Cinq centimètres dans le hors jeu douteux de Villa contre le Portugal et dans celui du Paraguay face à l’Espagne. A peu près la même chose entre un poteau sortant et un entrant dans les buts du Guaje en huitièmes et en quarts. Toujours cette même distance entre les gants de Stekelenburg et le ballon propulsé par Iniesta au fond des filets ou le pied de Casillas et celui de Robben qui finit en corner. Cinq centimètres à droite, cinq centimètres à gauche et l’histoire aurait pu changer. Mais, cette fois-ci, l’Espagne avait tout pour elle.
L’insistance
Non seulement l’Espagne attendait ça depuis 80 ans mais, en plus, la Roja était l’une des grandes favorites. Il faut dire que les coéquipiers de Casillas avaient remporté 42 de leurs 44 derniers matchs. Avec 55 rencontres, c’était même l’équipe nationale ayant disputé le plus de matchs de Coupe du monde sans jamais la gagner. Mais la victoire à l’Euro 2008 a changé les choses. Les joueurs ibériques ont largement effacé la malédiction des quarts et semblaient surs, à tout moment, de leurs possibilités.
Le réalisme
C’est en tout cas l’une des lectures que l’on peut faire des résultats serrés de l’Espagne tout au long du tournoi. Avec 8 buts marqués en 7 matchs, certains pensent que les hommes de Vicente del Bosque n’étaient pas aussi flambants que d’habitude. Quatre victoires 1-0, on peut difficilement faire plus juste. D’autres (dont je fais partie) pensent que l’Espagne a mûri. L’équipe a compris que rien ne sert de s’emballer et qu’il est préférable de garder le contrôle du match sans prendre de risques inutiles, qui pourraient coûter cher. Les occasions finiront par arriver. Et c’est ce qui s’est finalement passé. Les buts face au Portugal, Paraguay, Allemagne et Pays-Bas sont venus dans les fins de matchs (63ème, 83ème, 73ème et 116ème respectivement). La Roja a compris qu’il fallait ajouter l’usure du temps à son jogo bonito. Finalement le réalisme s’est imposé. Mais il n’est pas venu de l’équipe que l’on croyait.
Xavi
A quand le Ballon d’Or? On parle de Villa, Iniesta ou Pedro. On parle de buts et d’attaque. Mais on ne parle pas assez du joueur qui permet à l’Espagne d’avoir toujours la possession, celui qui endort ou accélère les matchs à sa guise, celui qui vient toujours recevoir la première passe, celui en fonction de qui tout les rivaux de la Roja ont joué: Xavi Hernandez. 670 passes dont 81% réussies pendant le tournoi. C’est à dire une passe toutes les 55 secondes. Le vrai métronome de l’équipe. Le vrai génie du ballon. Le vrai meilleur joueur du tournoi. Le vrai Ballon d’Or 2010.
L’élégance
Pas seulement le jeu de passes, de une-deux et de toque qui fait le charme de l’Espagne. Mais aussi une humilité et une simplicité qui fait du bien au monde du football. Après la finale, del Bosque a surtout insisté, non pas sur le résultat, mais sur la manière de gagner. Sur le style de ses joueurs et l’envie qu’ils ont toujours eu de jouer au football. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Face à ça, même les perdants finissent par accepter la défaite.
De grands seigneurs
Peut-on rendre encore plus beau un but qui vaut un Mondial pour son pays à la 116ème minute? Iniesta l’a fait grâce au plus beau geste de cette Coupe du monde. En enlevant son maillot après le but, on pouvait y lire «Dani Jarque, Siempre con Nosotros» (Dani Jarque, toujours avec nous). Un hommage à son ami Jarque, défenseur du RCD Espanyol, mort d’une crise cardiaque il y a un peu moins d’un an alors qu’il était dans son hôtel avec son équipe. Sergio Ramos avait fait la même chose, après la victoire à l’Euro (et il l’a refait cette fois), avec son ami Antonio Puerta, mort sur le terrain il y a trois ans. Admirable. Que dire de plus?
Pepe Reina
Beaucoup moins connu que Casillas, le gardien de Liverpool est, aux dires de tous, l’un des éléments essentiels de cette sélection. Car ce que tout le monde souligne dans cette équipe c’est la bonne ambiance qui règne au sein du groupe. Et cela est du, en grande partie, au caractère joyeux et drôle de Reina. Il l’avait déjà démontré avec son one man show pendant la célébration de l’Euro. Et il a fait de même lundi pour fêter le Mondial à Madrid.
Les stats inutiles
Quand on sait que ce Mondial a été placé sous le signe des prédictions d’un poulpe, on comprend mieux que les stats ne servent pas à grand-chose. Car, en plus, il est clair que l’ami Paul est plus fiable que l’histoire du ballon rond. Aucune équipe européenne n’avait remporté une Coupe du monde en dehors de son continent. Aucune équipe n’avait remporté le tournoi après avoir perdu le premier match. L’Espagne l’a fait. Et Paul l’avait prédit.
Aurélien Le Genissel
Photo: Des supporters espagnols à Madrid, REUTERS/Gustau Nacarino













