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Qu’est-ce qu’un gardien de but?

Lors du match amical Angleterre-Mexique du 24 mai 2010,  REUTERS/Dylan Martinez

Premier article de notre série sur les postes du football et leur évolution: le gardien de but.

Goal, portier, dernier rempart… Si le poste de gardien de but accepte beaucoup d’appellations, c’est qu’il s’agit — comme dans beaucoup d’autres sports collectifs — du plus singulier. Dès le premier coup d’œil, n’importe quel néophyte le remarque: c’est le joueur qui ne porte pas le même maillot que les autres, qui est en survêtement et porte même parfois la casquette, se balade et s’agite tout seul dans sa petite zone aux confins du grand rectangle vert, devant sa cage, et qui crie pendant 90 minutes sur ses coéquipiers.

Un mental d’acier

Pourtant, le gardien de but est un des joueurs les plus impliqués dans le collectif de l’équipe. Oubliez l’image du garçon timide et pas doué que personne ne veut dans son équipe et qui se retrouve à garder les cages dans la cour de récré. Le gardien doit être un leader. Bernard Lama, portier champion du monde qui a fait les (rares) beaux jours du PSG, en sait quelque chose: «La première qualité d’un bon gardien, c’est le leadership. Il est derrière tout le monde, il voit tout ce qu’il se passe. Il est censé placer ses coéquipiers, leur parler…» Et leur crier dessus. Pour s’assurer du niveau de concentration de ses défenseurs, placer son mur sur un coup franc ou rappeler ses joueurs au marquage sur un corner, le gardien donne souvent l’impression d’engueuler ses propres coéquipiers.

Crier, c’est aussi une manière d’intimider l’adversaire particulièrement utilisée chez nos voisins allemands: le grand Oliver Kahn ou Jens Lehman ne reculaient devant rien pour faire peur aux attaquants adverses et marquer leur territoire.

Autre attribut mental indispensable: la concentration. Si un attaquant qui manque le cadre est vite pardonné, la moindre erreur du gardien, de par son rôle de dernier rempart, peut faire changer le cours d’un match. Qui se souviendra dans quatre ans, lors des rétrospectives sur le Mondial 2010, du raté de Govou face à l’Uruguay? En revanche, la bourde du gardien anglais Robert Green face aux États-Unis a déjà fait le tour du monde et restera comme une des images fortes de ce Mondial, et les noms des gardiens auteurs de bévues monumentales rentrent même parfois dans le vocabulaire footballistique, comme ceux d’Arconada ou de Zubizarreta. Il faut dire que voir un portier se manquer a quelque chose d’irrésistiblement comique, qui assure aux représentants du poste une place de choix dans les bêtisiers sportifs.

Après le mental, les qualités physiques sont évidemment primordiales: la tonicité, l’équilibre, la vitesse, l’agilité ou encore la détente, spécialité de Bernard Lama développée naturellement dès son plus jeune âge et qui lui valut le surnom de «chat». «J’ai beaucoup joué sur la plage dans ma jeunesse, ce qui m’a donné des muscles plus toniques et une bonne détente», confirme l’intéressé.

Le style d’un gardien dépend en fait pour beaucoup de ses attributs physiques. Dans ce domaine, on assiste à une tendance lourde vers des gardiens toujours plus grands et plus costauds, à l’image de l’Italien Gianluigi Buffon (1m91), qui a dominé la spécialité dans les années 2000, de la muraille de Chelsea Petr Cech (1m96) ou du portier des Bleus, Hugo Lloris (1m88). Les petits gabarits, plus vifs et explosifs, sont devenus rares: dans le championnat de France, le Stéphanois Jérémie Janot fait figure de lutin avec son  1m76. Pour Bernard Lama (1m83), cette évolution n’est pas forcément positive: «Un gardien qui fait 1m90 ne peut pas se déplacer correctement, reste figé sur sa ligne, et ne peut donc pas aider son équipe de la même manière.»

Deux mains, et deux pieds

Le poste a connu sa révolution en 1992 quand la Fifa a interdit aux gardiens de prendre la balle à la main sur une passe en retrait. «J’ai dû apprendre, à 30 ans, à taper du pied gauche et du pied droit», explique l’ancien Messin Philippe Flucklinger. Ne se contentant plus d’être un leader mental, le gardien est devenu partie intégrante de l’équipe. «On est devenus de vrais joueurs de football», confirme Bernard Lama, qui a lui aussi connu la grande révolution de la passe en retrait. Aujourd’hui, il arrive souvent que le portier intervienne en dehors de sa surface de réparation afin de couvrir le regretté poste de libéro. «Le gardien doit gérer la distance entre lui et sa défense, précise le coach Élie Baup. Il ne doit pas hésiter à accompagner l’équipe lors de phases offensives, quitte à sortir des 16 mètres.» Lors de la dernière finale de la FA Cup anglaise, le gardien de Chelsea Petr Cech a même effectué une touche proche de la ligne médiane.

Si les gardiens sortent de plus en plus, certains poussent cette nouvelle tendance jusqu’à se muer en buteur providentiel. Le portier légendaire du Paraguay des années 1990 José Luis Chilavert, qui a failli à lui tout seul briser les rêves français en huitième de finale en 1998, a ainsi marqué nombre de coup-francs et penalties dont les meilleurs techniciens auraient été fiers, et reste à ce jour le seul gardien de l’histoire à avoir effectué un coup du chapeau (trois buts en un match). Parmi les autres illustres portiers buteurs, on retrouve le Mexicain Jorge Campos, le Colombien René Higuita, inventeur de la mythique parade «du scorpion» (voir ci-dessous) et Rogério Ceni, joueur du FC Sao Paulo actuel détenteur du record de buts pour un gardien (89, dont 50 coup-francs).

L’autre révolution du poste a lieu tous les deux ans, quand sortent les nouveaux ballons à l’occasion des grandes compétitions internationales (Mondial et Euro). Et 2010 ne fait pas exception: le ballon de la Coupe du monde fait l’unanimité contre lui. «Le ballon du Mondial est horrible, c’est un produit de supermarché, a récemment protesté Julio César, le gardien de l’Inter et du Brésil. Tout le monde veut voir des buts, donc ils fabriquent des ballons propices aux effets.» C’est la nouvelle hantise des gardiens de buts, qui redoutent la sortie de leur nouvel outil de travail et ses trajectoires toujours plus imprévisibles. «Tous les deux ans il faut s’adapter, déplore Bernard Lama. On a maintenant de supers gants, mais si vous regardez bien, il y a peu de gardiens qui arrivent à bloquer le ballon, les trajectoires sont impossibles à lire.» «On voit beaucoup de gardiens faire des arrêts du pied ou de l’épaule», confirme Philippe Flucklinger.

Si le poste de gardien est celui qui a le plus évolué au cours des dernières décennies, sa reconnaissance fait en revanche du sur place. Le Russe Lev Yachine, considéré comme le meilleur joueur ayant évolué dans les cages, reste à ce jour le seul gardien à avoir été élu Ballon d’Or, la récompense individuelle la plus prestigieuse du football, en 1963. Pour le plaisir, et pour réparer un peu cette injustice, terminons sur ce clip vidéo qui rappellera à tous les amateurs ce qui fait la beauté du poste.

Grégoire Fleurot

Photo: Lors du match amical Angleterre-Mexique du 24 mai 2010, REUTERS/Dylan Martinez

1 réponse pour “Qu’est-ce qu’un gardien de but?”

  1. Scotian dit :

    Dommage, il manque la video de l’arrêt de Coupet contre Barcelone. Sinon, Lama était vraiment un guardien d’une grande élégance.

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