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Carles «Quint» Puyol, roi d’Espagne

En battant la Mannschaft 1-0, l’Espagne s’est qualifiée pour la première fois de son histoire pour une finale de la Coupe du monde.

On connaissait Charles Quint qui, dans la première moitié du XVIème siècle, a régné sur une bonne partie de l’Europe en étant roi d’Espagne et de l’Amérique espagnole (connu sous le nom de Carlos I en Espagne) et empereur du Saint-Empire romain germanique. Depuis hier le premier Carles du royaume ibérique ne sera plus un roi de la Renaissance mais le défenseur central de la Selección. Car c’est grâce à un coup de tête de Carles Puyol Ier (dossard numéro 5), à la 73ème minute, que la Roja va disputer sa première finale de Coupe du monde. Ce sera dimanche soir face aux Pays-Bas de Wesley Sneijder. Mais avant le grand affrontement, l’Espagne fait la fête. Il faut dire que cela faisait 80 ans qu’elle attendait ça. «Pense à ton père, à ton grand-père, à tous ces gens qui n’ont jamais pu connaitre ça», était la phrase la plus répétée par les commentateurs mercredi 7 juillet.

«C’est comme ça qu’on doit jouer au foot au paradis»

Dans les bars, l’ambiance était surréaliste et les gens ne savaient pas vraiment comment réagir. Ils avaient déjà connus beaucoup de bonheur avec les clubs espagnols. Mais jamais avec l’équipe nationale qui commence à leur en procurer depuis deux ans. Et le jugement était unanime: «on a fait un match énorme, presque parfait». C’est aussi l’avis du sélectionneur, Vicente del Bosque, qui parle «d’un match extraordinaire».

Evidemment, la presse espagnole est, elle aussi, unanime. «De l’épique et du grand art» (ou «muxo arte» comme on dit en Andalousie pour signifier que quelqu’un a du talent) titre El Pais qui souligne «cette délicieuse pointe d’effronterie qui définit ce groupe de joueurs décomplexés qui ont banni le scepticisme chronique». Et c’est vrai. Car, comme le dit le directeur des sports, José Sámano, la Roja «a manœuvré de haut et avec supériorité  une sélection qui semblait inabordable, de par son présent et son passé héraldique».

Le quotidien sportif As joue, de son côté, la carte de la réconciliation nationale. Son «Viva España» initial (aux accents patriotiques) est vite devenu un «Visca España», mélange de catalan et d’espagnol, dans sa Une papier sur deux pages. Comme pour bien montrer que l’unité et la bonne ambiance dont tout le monde parle est l’une des clefs du succès de la Roja. Et ceci à un moment où les tensions nationalistes sont vives en Catalogne. Mais la selección est au dessus de ça. Alfredo Relaño, directeur du journal, n’y va pas par quatre chemins et commence sa tribune par «c’est comme ça que l’on doit jouer au foot au paradis, j’imagine». On peut difficilement être plus clair. L’Espagne a joué «avec du toque, du gout, de la solidarité, avec un effort mesuré car il était compensé par le sentiment que le ballon leur obéissait».

Puyolazo

Les journaux sportifs catalans quant à eux soulignent l’importance de Carles Puyol. El Mundo Deportivo titre avec un explicite «¡Puyolazo, a la final!» en l’honneur du joueur du Barça et explique qu’un «but plein de furia de Puyol propulse la Roja la plus technique dans sa première finale mondiale». Sans oublier ses préférences culés, le quotidien rappelle que «Del Bosque parie sur Pedro et le style Barça avec sept titulaires blaugranas». Plus ou moins le même discours que le quotidien catalan Sport qui titre «¡Puyolazo! Et finalistes» en remarquant que «la sélection la plus blaugrana donne une leçon à la toute puissante Allemagne». Et les journalistes anticipent déjà que la finale sera une lutte entre Xavi et Sneijder avec le Ballon d’Or à la clef.

Car il est pour le moins paradoxal que le but espagnol soit arrivé d’une tête sur corner pleine de puissance pour une équipe habituée au jogo bonito. Et cela n’a pas échappé à la presse espagnole qui a fait le lien avec la furia et la garra qui caractérisaient le jeu espagnol par le passé. Diego Torres, de El Pais, parle de «L’heure du tremblement de terre» et remarque que «Ramos, qui est souvent monté sur son côté, et Puyol, qui a gouverné le jeu aérien et marqué, imposent leur physique dans une équipe de toque». Et l’éloge de Puyol continue: «la deuxième mi-temps fut pour Puyol. (…). Il a gagné tous les duels pendant qu’il donnait des ordres à sa défense en criant. Transpirant. Dépeigné. Incapable de perdre la concentration. (…) Car l’Espagne joue avec délicatesse mais est parfois, capable grâce Puyol et Ramos, de tout chambouler avec de vrais tremblements de terre».

Les taureaux et San Fermín

Marca, le plus important quotidien sportif, parie plutôt sur la concision avec «Les meilleurs du Monde», en titre, et «Et dimanche les Champions du monde» en sous-titre. Mais là aussi les références à la furia ne cessent pas. «On a battu l’Allemagne avec un but sur corner de la tête comme si nous étions Allemands. Carles Puyol, indestructible en défense et majestueux avec son but à la Santillana, a été le taureau de San Fermín» explique le quotidien dans un article intitulé «Carles Puyol est le taureau du drapeau». Il faut dire que les médias portugais et allemands avaient déjà joué sur ce symbole en espérant que la Mannschaft puisse dominer les taureaux espagnols. Ça ne s’est pas passé comme ça.

Deux autres références occupent aussi la presse espagnole. La première est le but de la tête de Maceda face aux Allemands le 20 de juin 1984, au Parc des Princes, qui permit à la Roja d’arriver en finale de l’Euro cette même année. C’était la première fois que le mythe allemand s’écroulait en Espagne. Avec un but étrangement similaire, Puyol l’a détruit à nouveau hier.

La seconde est le coup d’envoi hier des fêtes de Pampelune (San Fermín) avec le traditionnel «Chupinazo» (un pétard géant tiré sur la place de la ville). C’est aussi le titre de la Une de La Vanguardia.

Finalement le journal El Mundo titre «La meilleure Espagne». Une phrase d’un lyrisme inversement proportionnel à celle qui ouvre l’article de l’envoyé spécial qui explique que le monde «prépare son tapis vert en attendant une équipe qui a un nom de femme, comme cette mariée dont le blanc est le blanc des rêves».

Paul avait raison

Personne n’oublie en Espagne la fameuse prédiction du poulpe Paul qui, une fois encore, ne s’est pas trompé. Pour le plus grand bonheur des Espagnols. Car l’animal est devenu une vedette en Espagne. Le quotidien As invente une discussion téléphonique avec lui au moment du but espagnol et La Vanguardia explique que, sur Internet, c’est devenu le sujet le plus médiatique et recherché. Devant Sara Carbonero, la copine d’Iker Casillas, et Puyol, le grand héros national. Des groupes Facebook veulent le cuisiner en paella tandis que d’autres veulent le sauver.

Quoi qu’il en soit, nombreux sont ceux qui attendent maintenant son oracle en ce qui concerne la finale. Tout est bon pour que l’Espagne l’emporte. On rappelle que la Roja est arrivée en finale sans avoir reçu un seul carton jaune face à l’Allemagne et que la première faute du match a été sifflée à la 27ème minute. Cette équipe a réussi à allier le meilleur foot du monde et une énorme efficacité. Il ne reste plus qu’un pas avant la consécration mondiale. Et, comme le dit le quotidien 20 Minutos, il est temps que les Pays-Bas tremblent. Et on pense déjà aux folies que chacun serait disposé à faire en cas de victoire. Car, en sport, l’Espagne a déjà presque tout gagné (Nadal, Alonso, Gasol, Contador…). Mais rien d’aussi grand qu’une Coupe du monde. Dimanche 11 juillet sera le jour le plus important de l’histoire du sport espagnol. Et, comme chantent les supporters, «yo soy español, español, español…» (je suis espagnol, espagnol, espagnol…). En ce qui me concerne, j’ai déjà le maillot. Il ne me reste plus qu’à choisir où aller voir ce match déjà mythique.

Aurélien Genissel

Photo: Puyol fête son but pendant Allemagne-Espagne le 7 juillet 2010 à Durban, REUTERS/Jerry Lampen

1 réponse pour “Carles «Quint» Puyol, roi d’Espagne”

  1. Saraband22 dit :

    Ahlalala…. Aurelien la Girouette.. Doit on rappeler un article relativement recent qui s intitulait… “pourquoi l’Espagne ne gagnera pas le Mondial”???????

    Qquechose a dire pour votre defense?? ;)

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