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J’aime la Mannschaft, suis-je un mauvais Français?

C’est une révolution. Un vent de folie germanophile étreint l’Hexagone. L’enthousiasme pour l’équipe allemande est tel que l’hostilité footballistique entre Paris et Berlin, nourri par la grande Histoire et l’histoire du ballon rond, semble avoir été surmontée. Mais, que se passe-t-il?

«Ça c’est une équipe», titrait dimanche le quotidien sportif de référence, au lendemain du triomphe allemand face à l’Argentine (4-0). «Ça c’est bien vrai», me suis-je dit ce matin-là en mangeant mon croissant à la terrasse du café. Un frisson m’a saisi la colonne vertébrale en repensant à Bastian Schweinsteiger débordant sur l’aile gauche pour servir Arne Friedrich. «Bien fait pour Maradona», ai-je même pensé, d’un allant moqueur. Jusqu’à ce qu’un vague sentiment de honte m’envahisse. Ne serais-je pas un mauvais Français?

Dans mon esprit formaté, les Allemands ont toujours été les méchants. Pas seulement parce que les souvenirs de guerre de mes grands-pères racontés sur les plages du Débarquement, près desquels j’ai grandi, m’ont inspiré. Comme les méchants dans les mauvais films, les footballeurs allemands semblaient tout faire pour être détestés. Ils ont gâché le premier mondial que j’ai regardé, celui de 1990. Au bout de l’ennui, il fut remporté par la mortelle bande à Andreas Brehme et Lothar Matthaüs, quand je préférais la folie de l’Italien Toto Schilaci et les exploits de Roger Milla. Plus tard, j’ai découvert, sur une vieille VHS relatant les Coupes du monde 1978, 82 et 86, commentée par Thierry Roland, la douleur de Séville, l’aigle noir Schumacher et le mort au champ d’honneur Battiston. Quand j’ai enfin cru à une victoire de l’équipe de France en compétition internationale, lors de l’Euro 1996, ce sont encore les Allemands, représentés cette fois par les patibulaires Matthias Sammer et Andy Möller, qui ont finalement enlevé le trophée.

Mais aujourd’hui, j’ai changé. Et je ne suis pas seul. Toi aussi au fond, cher lecteur, tu désires sans doute la victoire de la Mannschaft. «On ne parlera plus de la Mannschaft comme on parlait d’elle avant», s’avance Daniel Cohn-Bendit dans une interview au Monde. Irons-nous, nous Français, jusqu’à défiler le 11 juillet sur les Champs-Elysées en criant, en référence à un épisode de Mai 68: «Nous sommes tous des fils allemands»?

D’où vient cette révolution? D’abord d’un changement d’esprit tactique. L’Allemagne a tourné le dos à la rigueur -n’en déplaise à Angela Merkel- et préfère désormais le plaisir de jouer à la  solidité. Le sélectionneur allemand, l’élégant Joachim Löw (malgré quelques faiblesses), a suivi la rupture tracée par son prédécesseur, Jürgen Klinsmann. Ancien grand attaquant, il a porté le premier la philosophie d’un jeu offensif, contre quatre-vingts ans de défense et de succès. Klinsmann, un Allemand qui changea notre regard sur les Allemands, car il soutenait Greenpeace, était visiteur de prison et chantait parfois un air de la contre-culture («Alle Menschen werden Brüder»«Tous les hommes seront frères») plutôt que l’hymne national avant les matches. Lors de la grande époque monégasque du blond avant-centre, on n’aimait toujours pas les Allemands, sauf Klinsmann…

Si la France s’éprend aujourd’hui de l’Allemagne, c’est aussi peut-être qu’elle y reconnaît son double fantasmé, l’équipe dont elle aurait aimé être fière en 2010. Quand les Bleus se déchirent et se couvrent d’arrogance aux yeux du monde, c’est la Mannschaft qui régale sur le pré et fraternise dans la victoire. Quand la France du droit du sol n’y arrive plus et se perd dans l’analyse ethnique du fiasco sud-africain, c’est l’Allemagne du droit du sang qui séduit grâce à ses nouveaux visages aux origines variées: la Turquie pour Özil, la Tunisie pour Khedira, la Pologne pour Podolski et Klose, le Brésil pour Cacau… Quoi qu’on pense du slogan «black-blanc-beur», dont le mouvement -sinon la réalité- a bien existé en France en 1998, il faut convenir que c’est désormais de l’autre côté du Rhin qu’il s’applique le mieux.

Et si l’Allemagne devenait demain le nouveau paradis rêvé des jeunes Français? Après tout, les étudiants rêvent déjà des nuits berlinoises et les adolescents de Tokyo Hotel. Bientôt, peut-être, nos bambins chériront la Mannschaft après l’avoir découvert sur une vieille vidéo de YouTube, commentée par Christian Jeanpierre.

Jérôme Lefilliâtre

Photo: Les joueurs fêtent un but lors d’Allemagne-Argentine le 3 juillet 2010 au Cap, REUTERS/Carlos Barria

15 Réponses pour “J’aime la Mannschaft, suis-je un mauvais Français?”

  1. wam dit :

    Non j’aime aussi la Mannschaft comme vous, et non nous ne sommes pas de mauvais français… des spectateurs avertis, et des fans de beau jeu surement !
    En espérant les voir gagner le titre suprême !!

  2. Luché dit :

    C’est simplement une équipe qui JOUE au football sans prétentions, avec plaisir et structure! Une finale Pays-Bas/Allemagne serait vraiment une affiche de rêve pour les adorateurs de beau jeu. Es lebe die Mannschaft!

  3. Antwon Mitchell dit :

    Lors de l’EURO 96, c’est la République Tchèque qui a battu la France en demi finale, pas l’Allemagne.

  4. ncharp dit :

    Tu as quel âge Jérôme Lefilliâtre, 150 ans ? 85% de la population française et allemande est née après 1945? Ça m’étonnerai que les 15% restant lisent beaucoup slate.fr

  5. Didier dit :

    Moi aussi j’aime bien l’équipe d’Allemagne. Le foot ne m’a jamais vraiment plu, mais j’ai changé d’avis quand j’ai vu cette équipe qui JOUE au foot contrairement à d’autres qui FONT du foot.
    La notion de jeux est importante.

    J’ai vu plusieurs matchs à Berlin, et je dois dire que l’ambiance est bien différente qu’en France, notamment avec les commentateurs qui ne gavent pas le téléspectateur avec des prévisions de daube et autres théories foireuses . J’ai remarqué aussi qu’à Berlin on ne dit pas “ON a gagné”, c’est une autre différence.

  6. fischer dit :

    moi je l’adore cette MANNSCHAFT. D’origine allemande, j’ai appris à les aimer et les apprécier depuis 1974 déjà. N’ayez + d’a prioris. Observez les et régalez vous. Ils méritent VRAIMENT de ramener leur “BOKAL” en Allemagne.

  7. Joseph dit :

    J’aime tout autant cette équipe, jeune dynamique, sans star, cette équipe qui a toujours maintenu une certaine stabilité, finaliste en 2002, demi finaliste en 2006, finaliste en 2008… Ils méritent de gagner, ils ont livré une très bonne coupe du monde et ils le méritent c’est simple.

  8. loic67 dit :

    Pour moi ce n’est pas être un mauvais Français mais plutôt un bon Européen!

  9. fischer dit :

    TOUT A FAIT D’ACCORD AVEC TOI JOSEPH. ILS ONT ATTENDU, ILS ONT MURI. C’EST LEUR TOUR MT. JE LE LEUR SOUHAITE DE TT COEUR ET A NS AUSSI SPECTATEURS ET TELESPECTATEURS; bon match

  10. vincentv dit :

    Ben non j’aimerais jamais l’Allemagne, les allemands et leur équipe.

    tiens deux italiens tués par un supporter allemand en Allemagne n’a ému personne en France.

  11. Jack dit :

    …Quand on commence à mélanger Foot, et appartenance nationale, droit du sol et droit du sang (certes préférable, mais c’est un autre débat…), on commence à franchement sombrer dans la connerie !!!
    Quand on fait un article avec ça (sans même avoir la rigueur intellectuelle de l’intégrer dans une réflexion non circonscrite au sport…) , c’est tout simplement qu’on à pas grand chose à dire… Ou qu’on a à pondre un article sans sujet (ce qui revient au même…).
    En même temps, le sport n’a jamais suscité les réflexions les plus inspirées…!!!

  12. Pilou dit :

    Ahahah!
    Les français adorent l’équipe d’Allemagne! C’est beau!
    Et bien pour être expatrié en Allemagne, je peux vous dire que les Allemands,eux , se moquaient bien de notre équipe nationale, pas assez “française” (comprenez blanche) à leur goût. Là leur est tout aussi multiculturelle au grand regrets de certains ici!
    Ici, ce n’est que profusion de drapeaux : c’est à celui qui en met le plus aux vitres de sa voiture… J’entends déjà crier à la bêtise si cela se passait en France… mais là c’est en Allemagne, alors c’est différent, pas un mot. Et pour les grands sentiments européens de certains ici , j’ai l’impression d’être le seul européen quand je parle avec des collègues! L’euro, la Grèce, tout y passe!
    J’adore l’Allemagne mais là, ses derniers jours, là où je suis, ça commençait à être pénible, ce nationalisme rampant, caché sous le sport.
    Après il y aussi, les gens qui pensent que l’Allemagne déploie le meilleur football de la WM. Les buts, ils en mettent, c’est spectaculaire. Mais du côté technique et beauté du jeu, l’Espagne est encore devant!

  13. Jay dit :

    “je peux vous dire que les Allemands,eux , se moquaient bien de notre équipe nationale, pas assez “française” (comprenez blanche) à leur goût. Là leur est tout aussi multiculturelle au grand regrets de certains ici!”

    Il n’y a pas que les allemands (sans majuscule) qui sont de cet avis ! Loin de là !
    Sinon l’équipe allemande n’est pas tellement plus multiculturelle qu’une autre. Ok, il y a quelques joueurs d’origine étrangère (des polonais, 1 métis et un arabe ayant une mère allemand, 1 turc), mais ce n’est pas comparable avec l’équipe de France avec généralement 2 ou 3 blancs sur le terrain.
    Je vis aussi en Allemagne et même si je ne suis pas spécialement un fan de cette profusion de drapeaux, je trouve que globalement c’est plutôt bon enfant. Je n’ai rien vu de nationaliste là-dedans. Vous croyez que les Espagnols et les Néerlandais ne déploient pas des drapeaux à profusion peut-être ?

  14. Jay dit :

    Pardon, je m’auto-corrige : il y a bien une majuscule à “Allemands” ;-)

  15. Stéphane dit :

    En France vous avez profusion de drapeaux, comme dans tous les pays du monde, pour la coupe du monde. Et pour l’euro. Simplement comme la France est sortie bien souvent avant l’Allemagne ces derniers temps, on les remarque moins et ça a moins le temps de s’installer….

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