C’était un soir torride de juin 2006, le Pays-Bas affrontaient le Portugal en huitième de finale du Mondial allemand, Van Persie, Robben, Snejder avaient quatre ans de moins, leur sélectionneur se prénommait Marco Van Basten, on s’attendait à une orgie de football. Le match fut à vomir, 16 cartons jaunes, 4 cartons rouge, des gestes déments, des tacles immondes, un terrain transformé en cimetière. Les Pays-Bas furent sortis sans gloire, un but à zéro.
Van Basten fut conservé, mais un homme paya pour ce carnage. Il s’appelle Mark Van Bommel, le premier cartonné de ce match, le provocateur qui avait lancé les hostilités. Deux ans d’exil, plus aucune sélection, jusqu’à ce que Van Marwijk remplace Van Basten à la tête des Oranje, après l’Euro 2008. Pourquoi Van Bommel? Par délit de sale gueule, par délit de sale football, parce qu’il fallait bien un fautif, alors autant sacrifier le plus exécrable de tous sur le terrain, celui qui clame haut et fort qu’ «une équipe ne peut être composée de onze danseuses». Les autres, les danseuses, rentreront dans le rang. Forcément.
Gendre idéal
Quatre ans plus tard, Van Bommel, demi défensif de 33 ans, est de retour. Charmant en dehors du pré, avec son néerlandais de prof de fac, gendre idéal du coach Van Marwijk qui le connaît depuis ses débuts à 16 ans au Fortuna Sittard et se délecte depuis du personnage lors des repas de famille. Toujours aussi infect sur la pelouse. Onze fautes, aucune biscotte, un milieu de terrain contrôlé au centimètre près. La même morgue, celle du petit connard qui écrasait vos châteaux de sable à la plage quand vous étiez gosse, en vous regardant droit dans les yeux, un demi-sourire aux lèvres. La même filouterie, celle de l’adversaire du dimanche matin, au stade municipal, qui s’essuie les crampons sur vous avant d’aller plaisanter avec le public.
L’Argentin Gabriel Heinze, autre forcené du foot évadé d’un pénitencier, nous a confié un jour: «Comment je fais pour finir une saison à 4 cartons jaune? Je deviens copain avec l’arbitre d’entrée! Et c’est l’expérience. Tu sais quand il faut mettre un coup, quand il faut calmer le jeu.» Van Bommel a érigé ce précepte en art de vie. Il découpe, caresse les cheveux de l’homme en noir, redécoupe, plus ou moins nettement, et revient taper sur l’épaule de l’arbitre en se gondolant discrètement de son bon coup.
Tout est question de dosage
En avril dernier, alors capitaine du Bayern Munich, il avait donné la leçon en demi-finale de Champion’s League à Jérémy Toulalan, qui deviendra peut-être un jour son égal. Trop gentil souvent, trop méchant d’un coup, Toulalan n’avait pu rivaliser. Van Bommel, lui, sait que le vice est décuplé quand il est maîtrisé, constant, pas de croche-pied ou de coups de coude plus haut que les autres, il faut doser, marquer l’autre sans laisser de traces, injurier, mais à voix basse. Simuler un peu, parfois, histoire de faire passer le vis-à-vis pour le vilain. Tout le monde a beau être au courant, ça marche à chaque fois, comme la spéciale de Robben côté droit. Les Pays-Bas gagnent, Van Bommel a rempli son quota de fourberies et peut finir les bras levés, en criant bien bruyamment sa joie à la face de l’adversaire dépité. Le supporter ennemi le maudit, lui jette la télécommande à la figure, ce sourire carnassier encadré par d’éternelles bouclettes noires lui inflige une double peine.
Pas de morale, mais du talent
Van Bommel a un brassard de capitaine en crêpe noir, le fan se trouve obligé de faire le deuil de ses ambitions sportives comme de toute illusion de morale footballistique. Van Bommel rappelle que ce jeu récompense aussi bien le bon, la brute que le truand. C’est aussi son fardeau, on en oublie qu’il est un précieux récupérateur, un excellent relanceur, un tireur à longue distance dangereux, que son placement ne doit jamais rien au hasard.
Surtout, champion du monde ou pas, Van Bommel repassera à la caisse. Il a déjà réglé l’addition en 2006, il repaiera un jour, probablement dans sa chair. C’est la destinée des bad guys, résumée par une histoire vraie, une histoire triste. En 1997, le voyou irlandais Roy Keane se blessa gravement en taclant le voyou norvégien Alf-Inge Haaland, qui l’invectiva alors qu’il se tordait de douleur sur la pelouse. Keane a attendu trois ans et demi pour se venger et briser la jambe d’Haaland. Ce mardi 6 juillet, Van Bommel tombera sur Diego Perez, un pitbull croisé avec un footballeur, et une mauvaise pensée traversera l’esprit de millions de spectateurs d’Uruguay et d’ailleurs. La suite? Sur le plâtre, en guise d’épitaphe: «Hé Van Bommel, t’es le plus grand salopard que le terrain ait jamais porté».
Mathieu Grégoire
Photo: Mark Van Bommel lors de Pays-Bas-Brésil à Port Elizabeth le 2 juillet, TERS/David Gray














Enfin quelqu’un qui dénonce le jeu immonde de Van Bommel, c’est incompréhensible que ce boucher soit encore autorisé à entrer sur un terrain de foot professionnel.
Trop bon !
je suis italien et je vous dit que chaque grande équipe a eu un joueur de cette éspece dans l’effectif, ils sont necessaires au foot comme dans la vie!!!
Ce joueur est l’exemple parfait de tout ce que le football a de mauvais. C’est d’ailleurs pour cela que le sélectionneur l’a choisi : faire le sale boulot. Bref Ce joueur est une une sous-me…. Allez j’espère qu’après la coupe, on entendra plus parlé de cet abruti qui ternit l’image du football.
[...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Robino Pinolucci, zeptentrion. zeptentrion a dit: @a___k pour Van Bommel, une explication sur slate.fr http://tinyurl.com/23qa9ax Affreux, sale et méchant, en somme [...]
je suis tout a fait d’accord avec cette article a part les insultes ca me rapelle qu’on en entend pas assez. a part ca des joueurs comme lui en y a des tonnes gatusso, carvalho, materrazi, felipe melo,davids j’en passe et des meilleurs. pas besoin de faire de stigmatisation parce que vous n’aimez pas ce joueur. merci
Eh bien gros match de Mr Van Bommel hier!!! Il aurait merite mieux, en particulier sur la belle tentative en debut de match en plein milieu du tibia.. Seul la malchance fait que l’adversaire s’en sorte mieux que Cisse.. On ne lui reprochera pas de ne pas avoir essaye!
Un petit carton jaune pour les stats quand meme sur la fin…
Pour lui la faute/l’aggressivite n’est pas un dernier recours, c’est une deuxieme nature, voire sa premiere nature!!
Même si beaucoup de choses sont vraies dans l’article je vous trouve bien moralisateur…
Van Bommel est un grand joueur, des footballeurs comme lui c’est vrai qu’il y en a quelques uns, ce sont souvent eux qui portent leurs équipes, ils ont du ventre, du cœur, ils jouent au foot comme on va à la guerre (même si bien sûr il faut raison garder).
D’ailleurs durs sur le terrain ils sont souvent sympathiques en dehors, c’est le genre de garçon qui se bat pour le collectif. Ils ont souvent un grand contrôle d’eux-même, s’énervent rarement, contrairement à d’autres grands joueurs qui prennent des coups de sang et s’essuient les crampons sur des joueurs à terre ou donnent des coups de tête…
C’est marrant de voir comment ces garçons sont critiqués, alors que les Cristiano Ronaldo et autres individualistes patentés et caractériels sont adorés… C’est d’ailleurs ce qu’il y a de beau dans le football, différentes façons de jouer, de voir d’aimer ce sport.
Si il n’y avait que des Messi sur le terrain (bon esprit, grand dribbleur etc…) je crois que moins de monde aimerait ce sport (et donc liraient vos articles sur le sujet…)