C’est la grosse cote du Mondial, le cauchemar des bookmakers, mais aussi un quart à prendre pour entrer dans l’histoire. Le Ghana peut devenir ce vendredi 2 juillet la première nation africaine en demi-finale de Coupe du monde. L’Uruguay peut retrouver le dernier carré, qu’il avait squatté pour une ultime fois en 1970. Voilà deux belles raisons de regarder la rencontre.
Pour le beau jeu, on repassera. Pas grave, cette Coupe du monde, comme a dit Didier Deschamps, est «assez pauvre et décevante dans la qualité de ses matches». DD le ratisseur intraitable du Calcio qui fait la fine bouche, cela veut tout dire et surtout la vérité crue.
Le poids du passé uruguayen
Le spectacle, l’Uruguay s’en fout. Son surnom, la Celeste, c’est juste pour la couleur du maillot, pas pour faire rêver les muses et les poètes. Depuis ses deux titres de champion du monde acquis avec élégance (1930 et 50), l’Uruguay a subi la mondialisation du foot. Et ce pays aux 2.000 licenciés (soit un poil plus de membres que la Fédération française de pentathlon moderne) est alors allé à l’essentiel. Un gardien, huit bouchers, deux cow-boys qui flinguent à tout va, Luis Suarez et Diego Forlan cette année, deux fameux buteurs.
Diego Perez, aboyeur en chef du milieu de terrain de Monaco depuis 2004 et impressionnant pendant ce Mondial, explique clairement cette orientation: «Même avec des bons joueurs, on ne gagne pas si on ne se bat tous ensemble. Je donne tout pour l’Uruguay. On est un petit pays de trois millions d’habitants, mais il est chargé d’histoire. On garde dans le fond de notre corps le passé de notre pays.»
Sans grande réserve de talents, les Uruguayens ont toujours eu un joli sens de la formule. C’est aussi un rempart contre l’adversité. «Il n’y a que trois personnes qui ont fait taire le Maracana: le Pape, Franck Sinatra et moi!», a plaisanté un jour l’attaquant Alcides Ghiggia, dont le but a mis fin aux espoirs de tout le peuple brésilien au Mondial de 1950. Le Miroir du Football, dans un hors série de 1966, avait résumé cette victoire en un titre: «A onze contre 200.000». Tout simplement. Alors le Ghana et tout le continent africain derrière lui, ça n’effrayera jamais ceux qui n’ont que le bleu ciel pour horizon.
Les Marie-Louise du Ghana
Le Ghana, lui, s’est spécialisé dans la fin de match à l’arrache. A côté de l’Uruguay, l’équipe de Milo Rajevac ressemble à une bande de pieds tendres. Les Black Stars sont d’abord des babies, neuf joueurs de moins de 23 piges, une moyenne d’âge du groupe qui frôle les 25 ans. Illustre inconnu aux faux airs du détective Lennie Brascoe dans New York Police Judiciaire, le Serbe Rajevac a puisé dans le collectif national des moins de 20 ans, champions du monde en octobre dernier et qui devraient illuminer quelques soirées de Champion’s League dans les années à venir. Parmi eux André Ayew, le fils d’Abedi Pelé et sous contrat avec l’OM. Suspendu ce soir, le milieu est le meilleur joueur de l’équipe lors d’un Mondial qu’il ne devait même pas débuter.
Il nous dit: «Le forfait de Michael Essien avant la Coupe du monde nous a motivés encore plus. On sait qu’il est derrière nous. L’ambiance a tout de suite été bonne dans le groupe. On ne s’est pas beaucoup baladés dans le pays, ou sorti de l’hôtel, mais avec les coéquipiers, on a regardé presque tous les matches de la Coupe du monde. On improvise tout le temps, on se retrouve à quinze dans les chambres, on s’assoit dans le couloir de l’hôtel et on discute. Ça nous permet d’avoir une vraie unité.» A la grande différence du Cameroun par exemple, où Samuel Eto’o et Stéphane Mbia se voyaient déjà porte-drapeaux de l’Afrique et en finale du Mondial.
Avec le puissant attaquant Asamoah Gyan (Stade Rennais), Ayew a allumé quelques étincelles au sein d’un collectif extrêmement appliqué, parfois même timoré. «Le coach m’a d’abord donné pour consigne de bloquer le couloir gauche, avant de provoquer si possible», explique Ayew. Mais sans grande star (Sulley Muntari de l’Inter Milan devrait faire son retour sur le terrain après avoir failli imiter Anelka), le visage du Ghana se reflète parfaitement dans le miroir de cette Coupe du monde. Au diable les frous-frous, place aux mineurs de fond. Entre Uruguayens et Ghanéens, les plus besogneux gagneront le droit d’entrer dans la lumière.
Mathieu Grégoire
Photo: Le capitaine uruguayen Lugano lors de Corée du Sud-Uruguay le 26 juin à Port Elizabeth, REUTERS/Denis Balibouse
Le parcours de l’Uruguay.- Au premier tour: 0-0 contre la France, 3-0 contre l’AfSud, 1-0 contre le Mexique ; en 8e, 2-1 contre la Corée du Sud.
Le parcours du Ghana.- Au premier tour: 1-0 contre la Serbie, 1-1 contre l’Australie, 0-1 contre l’Allemagne ; en 8e, 3-1 (a.p.) contre les Etats-Unis.














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