Le Brésil contre les Pays-Bas. Dans l’imaginaire collectif des fans de foot, ces deux pays tiennent une place de choix, et évoquent immédiatement le beau jeu, offensif et technique, et les buts.
Des ingrédients qui ont parfois fait défaut au cours de ce Mondial 2010. Alors, doit-on s’attendre à une avalanche de buts et à un festival de créativité lorsque ces deux pays se rencontrent ce vendredi 2 juillet en quart de finale de Coupe du monde à Port Elizabeth?
Beaucoup en doutent. Depuis le début du Mondial, les observateurs répètent que le Brésil de Dunga n’est plus celui de la samba et des artistes, mais plutôt celui de la rigueur et du réalisme. Les romantiques déplorent les absences de Ronaldinho et de Pato, ces esthètes qui, à défaut de pouvoir faire basculer une rencontre grâce à leur efficacité, régalent les spectateurs à longueur d’année avec leur club.
Le légendaire Johann Cruyff, un des plus grands ambassadeurs du beau jeu, y est même allé de son commentaire assassin: «Jamais je ne paierais un ticket pour voir les matchs de cette équipe brésilienne. Où est passé le Brésil que nous connaissons tous dans cette Coupe du monde? Où est la magie brésilienne? Je ne crois pas qu’il y ait un spectateur qui veuille payer pour les voir. Ils n’ont rien de spécial et ressemblent aux autres équipes. C’est dommage pour tous les fans du tournoi.» Pas vraiment encourageant.
Les pessimistes souligneront encore que les deux adversaires du jour n’ont encaissé que deux buts chacun dans le tournoi (dont deux penalties dans le cas des Pays-Bas), et qu’il y a peu de chances de voir les deux défenses craquer subitement à ce stade de la compétition.
Statistiques
Pour finir de déprimer les amoureux du football total et des elasticos, deux statistiques: il faut remonter à 1998 pour voir les Pays-Bas marquer plus de 2 buts lors d’un match de Coupe du monde (5-0 face à la Corée du Sud), et la dernière équipe ayant marqué plus d’un but lors d’un match de Coupe du monde face au Brésil est le Costa Rica, en 2002 (victoire 5-2 de la Seleçao).
Mais heureusement, il existe également de bonnes raisons de s’attendre à voir des buts et du spectacle.
D’abord, nos deux équipes n’ont pas exactement été muettes depuis le 11 juin. Avec respectivement 7 et 8 buts (moyennes de 1,75 et 2 but par match), les Pays-Bas et le Brésil ne sont pas très loin derrière l’Allemagne, la meilleure attaque du tournoi, et ses 10 buts. Le Brésil, bien aidé par son latéral droit Maicon qui frappe dès qu’il est à moins de quarante mètres de la cage adverse, est aussi l’équipe qui a effectué le plus de tirs lors de ce Mondial avec 60 tentatives, soit une moyenne très honorable de 15 par match. Dunga l’a dit lui-même à quelques heures du coup d’envoi, son équipe ne peut pas se permettre de fermer le jeu. Et comme Dunga n’aime pas parler pour ne rien dire, on le croit.
La bonne forme des joueurs offensifs est un autre signe encourageant. Luis Fabiano est sur un rythme effréné d’un but par match, ayant marqué 13 buts lors de ses 13 dernières apparitions en matchs compétitifs avec le Brésil. Le meneur de jeu hollandais Wesley Sneijder n’est pas mal non plus, avec 4 buts lors de ses 6 dernières sélections, tandis que Kaka mène le classement des passeurs en compagnie de l’Allemand Thomas Müller avec 3 passes décisives dans le tournoi.
Histoire
Les précédents Pays-Bas Brésil ont accouchés de moments qui sont restés dans la légende de la Coupe du monde, et il n’y a pas de raison pour que le match de cette année ne s’inscrive pas dans cette lignée. En 1974, le match que la planète entière attendait a tenu toutes ses promesses et est aujourd’hui encore considéré comme un des plus beaux de l’histoire de la compétition. Les Pays-Bas sont au sommet de leur art et pratiquent le football total à la perfection, emmenés par Neeskens, Johnny Rep et le capitaine Johan Cruyff. Le Brésil domine avec style le football mondial depuis 1958. Résultat, 2-0 pour les Hollandaiset un match d’anthologie.
L’affrontement de 1994 entre la génération dorée de l’Ajax avec les frères De Boer, Overmars et Bergkamp et les futurs champions du monde déjà emmenés par Dunga (alors capitaine) et la paire Romario-Bebeto accouche encore sur un des meilleurs matchs du Mondial américain. Tout y est: les buts, le spectacle, le suspense… On se souvient du but de Bebeto et de sa fameuse célébration «du berceau», de celui plein de classe de Denis «la malice» Bergkamp, de la tête du petit Aaron Winter ou encore du magnifique coup franc de Branco.
Alors, parce qu’il est inconcevable d’aborder un Pays-Bas-Brésil en s’attendant à un sommet d’ennui, gageons que les attaquants arriveront à prendre le dessus sur leurs adversaires et que les buts du carré magique constitué par Robbben, Van Persie, Sneijder et Kuyt feront échos à ceux de Kaka, Luis Fabiano et Robinho.
Grégoire Fleurot
Photo: L’équipe des Pays-Bas célèbre le but de Robben contre le Slovaquie le 28 juin à Durban, REUTERS/Jerry Lampen
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