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La FAQ de l’affaire Anelka

Les Bleus ont repris l’entraînement lundi matin, peu après 11 heures. La première accalmie après un week-end de tempête, où ils ont offert un spectacle irréel. Nous revenons sur les différents éléments du dossier, entre questions et zones d’ombre.

Qu’a dit Anelka dans le vestiaire?

Les versions divergent sur l’incident à la mi-temps de France-Mexique. «Va te faire enculer, sale fils de pute», selon L’Equipe. «Va te faire enculer toi et ton système», selon le Parisien ou encore «Va niquer ta mère» selon d’autres sources. L’a-t-il-dit en face de Domenech, comme l’assure L’Equipe? Non, répondent Jean-Pierre Escalettes, le président de la FFF, et Raymond Domenech, le principal intéressé: plutôt dans sa barbe, dans un coin du vestiaire. Pas évident. Le capitaine Patrice Evra, lui, dit avoir mis fin à une altercation. Le sélectionneur ne laisse pas passer l’écart, Anelka reste aux vestiaires. Il contestera plus tard la version inscrite en Une de l’Equipe, et envisage aujourd’hui de porter plainte contre le journal pour diffamation.

La Fédération aurait-elle exclu Anelka si les insultes n’avaient pas été rendues publiques?

Non. C’est peut-être l’élément le plus clair dans cette histoire. Domenech a dit avoir passé l’éponge rapidement sur la sortie d’Anelka. Il ne réclamait pas d’excuses publiques. Une fois l’insulte en Une de l’Equipe, c’est le branle-bas de combat parmi les pontes de la Fédé. Henri Monteil, le secrétaire de la FFF, l’explique à la Charente Libre: «Rien n’aurait filtré si L’Equipe ne l’avait pas rapporté. Je ne l’ai appris que samedi. Le président Jean-Pierre Escalettes était au courant la veille. Il pensait que ça ne sortirait pas.»

Contraint et forcé, Escalettes réunit Domenech, Evra et Anelka. Qui veut bien s’excuser devant le groupe et le staff, mais pas publiquement. Escalettes réunit dans sa suite du Peluza Resort les dirigeants présents (Monteil, le directeur général Jean-Louis Valentin qui a démissionné dimanche, l’un des vice-présidents Fernand Duchaussoy, le trésorier Bernard Desumer) et ils décident l’exclusion. A reculons, forcés par les révélations… «Je suis désolé», dit Escalettes à Anelka au moment de lui annoncer la décision.

Cette politique de la réaction a déclenché l’ire des cadres des Bleus dimanche, qui se sont engouffrés dans ce manque de courage. Henry, Gallas, Abidal, Evra et Ribéry, les piliers de la fronde dite de la bouderie du car, en veulent à la Fédé d’avoir cédé à l’emballement médiatique, qu’ils estiment injustifié. C’est là un des grands paradoxes des starlettes de l’Equipe de France: d’un côté, Evra ou Ribéry jugent les propos de l’attaquant tricolore «inacceptables» et «inadmissibles»… De l’autre, confits dans leur statut comme dans leurs certitudes, ils n’ont pas envisagé une seconde le départ d’Anelka. Idem pour certains anciens de France 98. Zidane ou Vieira déplorent (du bout des lèvres) l’attitude des Bleus aujourd’hui? Ils ont pourtant envoyé des messages de soutien à Anelka après son exclusion, messages dans lesquels Raymond Domenech a dû être copieusement assaisonné. La grande famille du foot répugne souvent à laver son linge sale.

L’Equipe devait-elle mettre ainsi en avant cette info ?

Cela fait longtemps que la dissertation sur le 4-3-3 ou le 4-4-2 des Bleus a été reléguée au second plan dans le quotidien sportif. Fabrice Jouhaud, nommé à la direction de la rédaction à l’été 2008, veut vendre des journaux et éviter le marasme dans lequel s’enfonce France Football, incapable de trouver une ligne directrice. Tant pis pour le tableau noir, il s’agit de savoir ce qui se passe dans le vestiaire. Plus jeune (il n’a même pas 40 ans), plus offensif, plus «audacieux», Jouhaud mise parfois sur le people (sa Une sur Ronaldo et ses bourrelets sur une plage du Brésil, en septembre 2008, en atteste). L’Equipe file dans le sillage du Parisien, qui avait rendu fou Roger Lemerre au Mondial 2002 en dévoilant causeries et compos d’équipe au nom près.

Le quotidien sportif français, rejoint sur cette ligne par RMC et Canal+, donne la cadence. Tous veulent avoir une source dans les équipes — une taupe, ou un traître, selon les points de vue — pour nourrir le journal de bord. Et les révélations sur les discussions  de groupe pleuvent: Kombouaré qui envoie valser une poubelle au PSG, Margarita Louis-Dreyfus qui vient parler dans le vestiaire de l’OM… Depuis un mois, L’Equipe scénarise un maximum la vie des Bleus, devenus inaccessibles physiquement, en puisant notamment dans leur entourage. «L’insulte est un super coup, mais il n’hésite pas à exagérer d’autres choses, précise l’envoyé spécial d’un média national. Le coup de Gourcuff qui s’écarte et baisse les yeux quand Ribéry débarque dans la zone mixte, c’est n’importe quoi ! J’étais en face de Gourcuff à ce moment-là, il a parlé du match sans ciller!»

La méthode fonctionne. Samedi dernier, en quelques heures, l’Equipe a épuisé les 550.000 exemplaires imprimés. La position de ces titres reste cependant particulière: ce sont généralement les seuls que les joueurs lisent ou écoutent. Voire se servent pour faire passer des messages. Et si finalement ce coup d’édition s’avérait contre-productif dans les rapports avec les joueurs?

Une telle altercation est-elle monnaie courante dans un vestiaire?

Courant dans le foot amateur, un tel événement est plutôt rare dans le monde du foot professionnel. En tout cas les yeux dans les yeux. «Je n’ai jamais connu ça ici», assure ainsi le joueur de Nancy Jonathan Brison, 27 ans, dont huit dans le groupe pro de l’ASNL. Et pourtant, son coach est Pablo Correa, au langage fleuri et au caractère irritant sinon irritable. Interrogé par le Parisien, Jacques Santini, ancien entraîneur de Lyon et d’Auxerre et ex-sélectionneur des Bleus dit n’avoir jamais vécu une telle saillie dans son vestiaire.

A l’OM, quand certains joueurs ont commencé à gronder, fin janvier, contre Didier Deschamps, ils ne l’ont pas insulté, ou alors sur le téléphone de leurs agents. Lors d’une discussion provoquée par l’entraîneur marseillais, et scénarisée le lendemain dans L’Equipe, tout juste ont-ils critiqué la tactique du bout des lèvres. Quelques semaines plus tôt, un après-midi d’entraînement le 17 novembre 2009, Hatem Ben Arfa avait marmonné à l’attention de Deschamps: «Tu me casses les couilles», alors que l’ex-champion du monde lui demandait de remettre bien son maillot dans son short. Il avait dû payer une amende, s’excuser auprès de DD, et avait failli être placé sur la liste des transferts.

Anelka est-il une «caillera»?

Sa personnalité est bien plus complexe que ce vieux cliché. «Il n’a jamais insulté un entraîneur comme ça, soupire son ami Djamel Belmadi, ancien du Paris-SG et de l’OM. Nicolas est un mec réservé, d’une timidité presque maladive. Ça peut apparaître comme de la suffisance, mais ce n’en est pas.» De la fierté mal placée alors? Peut-être, quand on voit l’exclu jauger les photographes l’attendant à son départ du Cap, le sourire aux lèvres. Surtout, le garçon n’aime pas qu’on lui dicte sa conduite, ou pas trop longtemps. «Nico, ce n’est pas un travailleur, c’est le talent tout simplement, il n’a pas l’habitude de trop forcer», poursuit Belmadi. Pour lui, cette dispute est le dernier acte d’un débat lancinant entre Domenech et Anelka: «Cela fait un mois que Nico répète qu’il n’est pas à l’aise seul en pointe, et qu’il se sent inutile ainsi. Il aime tourner autour d’un grand buteur, comme Drogba à Chelsea, et il l’a souvent rappelé à Domenech. Quant à l’idée qu’il puisse harceler Yoann Gourcuff, cela me sidère. C’est tellement mal le connaître!» Pour Arnaud Ramsay, le biographe d’Anelka, le gaillard est «un animal de sang-froid. Il parle peu, et quand il parle on s’en souvient, Jacques Santini, Roger Lemerre et d’autres s’en souviennent. A 31 ans, c’est irrémédiable, on ne verra plus Nicolas Anelka en équipe de France».

Les Bleus ont-ils perdu le sens des réalités ?

Les leaders de la fronde ne comprennent pas que leur comportement choque. Dans la lettre lue par Domenech dimanche, ils parlent encore «d’être des modèles pour les enfants»… Ou bien c’est du cynisme complet, tant ils en sont l’antithèse actuellement, ou la plus pire naïveté. «Je ne crois pas qu’ils ont conscience de leur image désastreuse en France ou dans le monde, explique Grégory Schneider, l’envoyé spécial de Libération en Afrique du Sud. Le communiqué ou ce qu’a déclaré Evra, samedi, devant la presse, nous paraissent parfois tellement ahurissant que je ne peux pas croire qu’ils mesurent les conséquences de leurs actes et de leur communication.»

Il reste à relativiser le poids de la contestation. On compte beaucoup de suiveurs dans le groupe: les Lyonnais (Toulalan, Réveillère, Lloris, Govou), les Bordelais (Gourcuff, Planus), les gars d’Arsenal sous la coupe de Gallas (Clichy, Diaby et Sagna). «Mathieu n’a pas vraiment le choix, on ne lui demande pas son avis», explique le clan Valbuena, l’un des derniers arrivés dans la sélection.

On recense beaucoup de joueurs simples et si peu querelleurs, tel Abou Diaby, petit gars bien élevé du quartier du Pont Blanc à Aubervilliers: jamais un mot de travers en quinze ans, où alors une fois, excédé par Ben Arfa. Henri Monteil, le secrétaire général de la FFF, raconte cette anecdote édifiante à la Charente Libre: «Des joueurs sont allés voir Domenech dans sa chambre. Ils pleuraient. Ils disaient regretter ce qui se passe. Des jeunes. Je ne peux pas vous donner de noms. De toute façon les trois ou quatre leaders sont des joueurs sur le déclin, qui ne joueront plus jamais de Coupe du monde.»

Domenech est-il dépassé?

Il ne maîtrise plus rien, abandonné par ses joueurs au propre comme au figuré. Dimanche soir, à Knysna, avec son staff, Domenech a dû rentrer en voiture, les joueurs étant déjà partis dans le car officiel. Sans eux.

Auparavant, «Ray» avait bu le calice jusqu’à la lie en lisant le communiqué des joueurs déplorant le départ d’Anelka et expliquant l’absence d’entraînement. Une tâche qui aurait dû incomber au mieux à l’attaché de presse des Bleus, au pire à Jean-Pierre Escalettes, qui a eu le courrier entre les mains.

Domenech a cautionné de fait la mutinerie, même s’il l’a réfuté ce lundi en conférence de presse. Comme il avait calmé son préparateur physique Robert Duverne, outré que les Bleus sèchent l’entraînement à deux jours d’un match décisif, au lieu d’envisager de convaincre Patrice Evra de chausser ses crampons. «Moi, j’aurais dit bye-bye», a expliqué le sélectionneur de la Suisse Ottmar Hitzfeld, interrogé sur cette dégradation des liens avec ces joueurs.

Pendant la  conciliation des joueurs dans le bus, Duverne et Bruno Martini, l’entraîneur des gardiens, ont pleuré derrière un camion. Aujourd’hui capitaine d’un navire à la dérive, Domenech fait presque pitié. «Il est très abattu», clame sa mère Germaine. Ultime stratégie de diversion pour rejeter la responsabilité du fiasco sur ses troupes? Ou dernier enfilage de la veste gilet pare-balles pour un entraîneur qui a souvent cherché à protéger ses joueurs?

Les Bleus vont-ils perdre leurs sponsors?

Si les footballeurs sont surpayés, leurs sponsors règlent une bonne partie de la note. Les salaires des stars tournent autour de 10M€ par an et sont complétés par des primes et droit d’image portant le total jusqu’à 33M€ par an. On imagine bien ces grands enfants dans le vestiaire comparer la taille du chèque accordé par leur partenaire publicitaire. Ces contrats reposent sur une valeur impalpable des footballeurs: leur image. Les joueurs de l’équipe de France ont salement écorné la leur. Quick a déjà décidé de suspendre sa campagne d’affichage avec Nicolas Anelka. Si Danette ne remettra sans doute pas ça, le joueur peut continuer à compter sur les soutiens de Puma et Pringles. L’attaquant ne sera sûrement pas le seul concerné. Il est peu probable de voir un Français sur la pochette des prochains jeux vidéo de football!

(pour mémoire, la pub Danette, avec Anelka et Wiltorde)

retrouver ce média sur www.ina.fr

Mais au-delà de l’image individuelle des Bleus, l’image de l’équipe de France elle-même est touchée. Le Crédit Agricole a suspendu sa campagne télévisée mettant en scène les divas footballistiques. GDF Suez et Adidas condamnent l’attitude des joueurs portant leurs couleurs. Il faut dire que les sommes engagées sont importantes. Les recettes de sponsoring ont dépassé les 25 millions d’euros en 2006. Pour Adidas, l’équipementier des Bleus, le coup est particulièrement rude, les ventes de maillots ne devraient pas atteindre les sommets escomptés. Heureusement pour la FFF, le contrat 2011/2014 a déjà été (bien) négocié. Nike héritera d’une équipe aux résultats sportifs médiocres, à l’image arrogante et stupide, le tout pour 42,6 millions d’euros par an.

Mathieu Grégoire (avec Olivier Monod)

Photo: Reuters

Vous avez sûrement d’autres questions! Posez les nous en commentaires, nous essaierons d’y répondre.

4 Réponses pour “La FAQ de l’affaire Anelka”

  1. [...] trop quoi penser de ce joyeux bordel je ne peux que vous conseiller cet article paru sur Slate : Le FAQ de l’affaire Anelka. Tout y est bien résumé et abordé de façon plutôt [...]

  2. sohn dit :

    Et dans tout ca, une autre analyse de notre bon Fink… sur E1
    Resumons ; Ah les noi…..rs……., n’allez pas dire ce que je n’ai pas dit………. Voyez-vous moi aussi j’ai un ami noir……Non….. C’etait plutot….. Il y a aussi un noir que j’apprecie…………

    Bon ca ressemble fumeusement a un mec…. C’est comment ce mot…. Ca commence par un R et ca fini par aciste. Et c’est pas Raymond l’Assiste !

  3. sohn dit :

    Et une en plus pour montrer que Fink est vraiment une grosse m…..
    et ca ne veut pas dire mechant
    Libe :
    Gary. Un journaliste du «Monde» a parlé de «divisions ethniques» entre les joueurs (sans préciser ce qu’il voulait dire), un point de vue repris par Finkielkraut dans le JDD et sur France Inter ce matin. Partagez-vous ce point de vue ?
    Ce point de vue est scandaleux. Il n’y a pas la moindre histoire de racisme dans le cirque que les Bleus nous propose en Afrique du sud. Quand Gallas fait un doigt d’honneur au journaliste de TF1 David Astorga ou quand Ribéry s’empaille avec Gourcuff, il va falloir qu’on m’explique où sont les divisions ethniques. Cette manière de voir témoigne d’une méconnaissance totale de la manière dont fonctionne le foot et des hommes qui le font vivre.
    http://www.liberation.fr/sports/1201311-equipe-de-france-apres-la-mutinerie-l-autogestion

  4. tali samb dit :

    Ca fait des années que pour des raisons d’interets divergents, les médias (toutes presses confondues), les instances du foot (la federation française de foot en particulier), les anciens footballeurs de 1998 et les politiques se disputent pour avoir une main mise l’équipe de France. Les différentes reconduites de l’entraineur malgré son bilan en sont l’illustration. Entre des politiques de vente des journalux quelqu’en soit le prix, la politique d’occulter le reste de l’actualité télévisuelle (même le drame du Var) au risque de repéter ce qui a été maintes fois dit par d’anciens joueurs qui n’ont pas forcément le monopole de la raison et les intervews arrangés des hauts dirigeants qui se serrent les coudes, il faut s’y retrouver pour le français moyen.
    Après tout les grands évènements sportifs ne sont ils pas le paravent pour détourner l’attention des décisions politiques contestables?
    Les joueurs ont pris des décisions débiles et n’ont pas été à la hauteur durant tout ce tournoi et avant celui-ci mais ne peuvent être les seuls responsables de ce fiasco.
    Pour tout relativiser disons que la France a survécu aux guerres, aux innondations et intemperies de toute sorte et s’en est sortie confortée. Ce n’est pas un fait sportif dont le but était avant tout récréatif qui viendra à bout de ce peuple de coqs vaillants.

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