Après son «Suisside» du premier match, l’Espagne n’a plus le droit à l’erreur. Elle est obligée de gagner contre le Honduras ce soir si elle ne veut pas être éliminée.
Le Mondial 2010 devait être un rêve pour l’Espagne après sa victoire à l’Euro 2008. Mais c’est par un vrai cauchemar que les choses ont commencé pour les hommes de Vicente del Bosque. Une défaite 0-1 face à la Suisse qui les oblige à gagner leurs deux prochaines rencontres pour espérer décrocher un billet pour les huitièmes de finale.
La nuit des enfants rois
Et pour cela, il va falloir changer quelque chose. Mais quoi? Personne ne le sait vraiment. Il parait que le sélectionneur, Vicente del Bosque, a regardé trois fois le match contre la Suisse et sa conclusion a été que la Roja «n’a pas fait de grosses erreurs lors de cette rencontre». Un sentiment partagé par une grande majorité de la presse qui, après la défaite face aux Suisses, a largement défendu le jeu des Espagnols. Fernando Torres, lui-même, a expliqué qu’il fallait «rester fidèle à notre style». Pourtant, il est probable que l’on voit des changements ce soir avec la titularisation de quelques «gueules d’anges» qui vont tenter de dynamiser un peu une sélection qui a fait un match apathique mercredi 16 juin. «El Niño» Torres devrait remplacer Iniesta qui n‘a pas récupéré de ses problèmes physiques. Il est aussi probable que Cesc rentre à la place de Busquets (ce qui voudrait dire oublier ainsi le si critiqué double pivot défensif) et on parle de l’entrée du jeune Jesús Navas au lieu du décevant David Silva. Autant de restructurations et ajustements nécessaires en vu de ce match crucial face au Honduras.
La résurgence de Xavi
Mais ce que l’on attend vraiment en Espagne c’est le réveil de Xavi Hernández, le vrai cerveau de cette équipe, qui est passé presque inaperçu mercredi face à la Suisse. Au-delà de la méforme de Torres et Iniesta, du mauvais match de Silva et Ramos et des fautes d’inattention de Puyol et Casillas, c’est l’inspiration de Xavi qui va sûrement décider du sort du match. Et tous les aficionados le savent.
On n’a pas un grand souvenir de l’époque Van Gaal à Barcelone. Son travail comme entraineur du Barça à l’époque se résume, le plus souvent, à ses fameux affrontements avec la presse largement caricaturisés sur la toile. Pourtant tout le monde s’accorde à dire qu’il a au moins réussi sur un point: faire débuter Xavi Hernández en août 1998. Sans vraiment le savoir, l’entraineur néerlandais était en train de construire les bases d’une nouvelle Dream Team qui devait faire oublier la mythique équipe que son compatriote Johan Cruyff avait dirigée au début des années 90.
L’élève dépasse le maitre
Car, que ce soit dans la version Rijkaard-Ronaldinho ou l’actuelle Guardiola-Messi, l’élément essentiel des catalans a toujours été, ces dernières années, la présence de Xavi. C’est lui qui mène le jeu et sa prestation est souvent le thermomètre idéal de l’état de l’équipe. Le petit lutin catalan est devenu l’exemple de ce que la Masia (le centre de formation catalan) peut faire de mieux. Grace à une génération extraordinaire de joueurs issus des équipes de jeunes du Barça (Iniesta, Messi, Valdes, Puyol, Piqué…), Xavi a repris le flambeau d’une de ses idoles de jeunesse: Josep Guardiola, son entraineur actuel.
Mais l’élève a dépassé le maitre depuis quelques temps déjà. Guardiola lui-même l’a reconnu en affirmant que Xavi était le meilleur milieu de l’histoire du club catalan. Il faut dire que le natif de Terrassa (près de Barcelone) est le deuxième joueur ayant joué le plus de matches officiels (plus de 520) avec les blaugranas, au cours desquels il a marqué 52 buts. A 30 ans, il a déjà remporté deux Ligue des Champions, cinq Ligas, quatre Supercoupes d’Espagne et un Euro avec la sélection nationale. On peut sans doute dire que l’histoire du Barça ces dix dernières années se résume à une figure: celle de Xavi Hernández.
Le moteur de la Roja
Les équipes espagnoles ont toujours eu de très grandes stars nationales dans leur effectif. On se souvient de Butragueño, Míchel, Guardiola ou Raúl. Pourtant Xavi semble avoir réussi là où les autres ont échoué. Le milieu de terrain jouit d’une reconnaissance internationale qu’aucun de ses compatriotes n’a jamais eue. Il faut dire que son apogée footballistique coïncide avec la période la plus faste de la sélection espagnole. Et Xavi en est peut-être le plus grand responsable. Avec l’aide du sélectionneur Luis Aragonès, et d’un duo d’attaquants de luxe (Torres-Villa), il a réussi à exporter le tiki-taka (le jeu de passes courtes), propre au Barça, à la Roja. On est loin du jeu anarchique, abrupt et maussade prôné il y a quelques années par Javier Clemente.
L’Espagne semble enfin avoir trouvé son propre style de jeu. Et celui-ci ne peut se comprendre sans la présence de Xavi. Ceux qu’on a appelé, en Espagne, los «jugones» ou los «bajitos» (les petits) et qui, en plus de leur taille, se définissent surtout par leur qualité technique, leur vision de jeu et un contrôle presque parfait du ballon, ont révolutionné le football ibérique. Il est vrai que, sans ses coéquipiers du milieu de terrain (Xabi Alonso, Silva, Iniesta, Cazorla…), Xavi ne serait peut-être pas aussi bon. Il n’empêche, c’est lui qui mène la danse dans cette équipe. Et c’est lui qui doit prouver ce soir que le tiki-taka peut encore triompher dans cette Coupe du monde. Comme il l’avait fait lors de son incroyable performance à l’Euro 2008. C’est lui qui ouvre le score face à la Russie en demi-finale, lui qui fait la passe décisive à Torres en finale et lui encore qui a décidé du tempo de l’équipe tout au long du tournoi. Il a largement mérité le titre de meilleur joueur de ce tournoi.
«Xavi c’est le foot»
Ce n’est pas pour rien qu’il est le deuxième joueur (après Raul, qu’il va vraisemblablement dépasser), sans compter les gardiens, à avoir joué le plus de matches (près de 90) avec la Roja. Et ses succès avec le Barça, où il a été élu meilleur joueur de la finale de la Ligue des Champions 2009, commencent aussi à porter leurs fruits. Cette année il a été troisième au classement du Ballon d’Or derrière Messi et Cristiano Ronaldo. Mais ne mérite-t-il pas une plus grande reconnaissance? C’est en tout cas ce qui se dit ces derniers mois en Espagne. Ses deux passes magiques contre le Real Madrid et sa fin de saison extraordinaire en Liga jouent en sa faveur. D’autant que nombreux sont ceux qui affirment qu’une grande partie du succès de Messi vient en fait de Xavi. Ce soir, le milieu espagnol a la possibilité de frapper un grand coup et de relancer l’Espagne.
Car, au-delà des titres personnels, la vraie force de Xavi est de rendre meilleurs ses coéquipiers. Et, d’après ce qu’on a vu dans le premier match, ils vont en avoir besoin. Dans un reportage récent qui lui a été consacré sur Canal Plus, Raynald Denoueix affirmait que «Xavi c’est le foot» tout en expliquant parfaitement les qualités du milieu organisateur de la sélection espagnole. Et ce n’était pas le seul à faire son éloge. Zinedine Zidane lui-même remarquait que le milieu catalan ne ratait jamais aucun contrôle et réussissait toujours à trouver la passe adéquate. Quand on sait le peu d’erreurs que faisait Zizou, on imagine la précision chirurgicale de Xavi.
La simplicité du foot
Car c’est bien comme ça que joue (et doit jouer) l’Espagne. Pas de passes risquées ou magiques mais une infinité de petites passes courtes qui doivent finir par endormir ou décourager la défense adverse. Mais pour cela il faut deux choses: ne jamais manquer son contrôle et réussir à redonner le ballon simplement. Un art del primer toque (le jeu en une touche de balle), comme on dit en Espagne, que Xavi domine à la perfection. Si en plus il est accompagné d’Iniesta ou Cesc cela devient impossible de lui enlever le ballon. Même les meilleurs milieux défensifs n’ont jamais réussi. Ce n’est pas pour rien que Toulalan a dit s’être senti «humilié et impuissant» face à l’Espagne lors du match amical de mars dernier.
Il n’y a rien de vraiment spectaculaire dans le jeu de Xavi. Uniquement un retour à la simplicité du jeu. Contrôle, passe, mouvement, contrôle, passe, mouvement… Sauf que sa régularité et sa perfection dans l’exécution de passes limpides finissent souvent par créer une brèche dans la défense. Il n’est pas si évident de jouer tout le temps sans faire une seule erreur, sans perdre un ballon en milieu de terrain ou sans se faire intercepter une passe. C’est tout le génie de Xavi. Faire circuler le ballon et attendre sa chance. Puis offrir à ses coéquipiers les meilleures conditions possibles pour qu’ils expriment leur art de finisseurs.
Un moteur invisible, monotone et usant que personne ne semble remarquer mais qui fait toute la différence. Ce sont toutes ces qualités que Xavi doit retrouver ce soir s’il veut que l’Espagne ait une chance de l’emporter. Car la Roja a impérativement besoin de lui pour récupérer son meilleur niveau. Ce serait un bel hommage à tout ce qui fait la simplicité, la beauté et la poésie du football. L’art de savoir respecter le ballon.
Aurélien Le Genissel
Photo: Xavi Hernandez à Barcelone en février 2010, REUTERS/Albert Gea














Croisons les doigts pour que Xavi retrouve son niveau!
Mais il serait de bon augure que Villa ou Silva se reveillent aussi un peu.. Car si Xavi n’a pas ete brillant contre la Suisse c’est aussi parceque l attaque espagnole souffrait d’un manque flagrant de mobilite.. Aucun joueur n ouvrait des espaces ou cherchait la profondeur….