Le journaliste est-il l’ennemi du sportif en général et de l’entraîneur en particulier? C’est le sentiment que l’on a pu avoir lors de ce Mondial en observant l’armée de reporters partir à l’assaut du camp retranché de l’équipe de France de football.
Une certaine pitié confraternelle affleurait même à les voir ainsi privés de leurs mouvements, à l’image de prisonniers sortis l’espace de quelques minutes pour leur «promenade» quotidienne qui devait leur permettre d’apercevoir le début de l’entraînement des Bleus. Si bien que Vincent Duluc, le journaliste n°1 de la rubrique football de L’Equipe qui n’en est pas à sa première Coupe du Monde, avait fini par connaître un petit moment de déprime sur son compte Twitter: sur son compte Twitter
«Je n’ai jamais vécu un reportage aussi frustrant»
C’est le paradoxe de la situation. Il n’y a jamais eu autant de medias pour couvrir une Coupe du Monde de football et il n’y a jamais eu autant d’images «sous contrôle» comme si ce barnum sportif s’était transformé en Guerre du Golfe ou en Guerre d’Irak avec tout le filtrage informatif qui va avec. Ne parlons pas des fans qui ont fait des sacrifices financiers pour faire ce long voyage et auront été snobés par les Bleus, éternellement distants et même pas capables de les consoler par un digne niveau de jeu.
Autre constat amer. A l’heure où la presse écrite souffre financièrement, elle doit se payer le luxe d’une couverture onéreuse à l’autre bout du monde, mais sans vrais moyens d’action sur place à partir du moment où elle n’a pas accès aux joueurs qui se présentent en conférence de presse selon leur (rare) bon vouloir ou plutôt celui d’un responsable de communication dont le métier consiste avant tout à ne pas en faire ou à tourner sa langue (de bois) sept fois (si ce n’est plus) dans sa bouche. «Je n’ai jamais vécu un reportage aussi frustrant», m’a confié un envoyé spécial.
L’inspirateur de Domenech
Au fil des années, on a assisté à la fermeture progressive de ces «fenêtres médiatiques» popularisées en 1993 par un certain Henri Dumont, alors conseiller du joueur de tennis Cédric Pioline. Finaliste cette année-là de l’US Open, Pioline travaillait sous la coupe de ce Dumont, sorte de gourou prophétique aux méthodes très psy pour qui il s’agissait de rationaliser les rapports entre son élève et les journalistes.
Depuis, les Henri Dumont ont proliféré à tous les niveaux. Ils entourent et conseillent les sportifs, mais aussi désormais ceux qui les entraînent et les managent. Raymond Domenech a eu le sien en son temps, Jean-Pierre Doly dont la présence a suscité beaucoup d’interrogations dans les couloirs de la Fédération Française de Football entre 2004 et 2008. Spécialisé en ressources humaines, il était à la fois un gourou, un conseiller en communication et un médiateur, mais jouait sa partition dans l’ombre sans que les joueurs sachent vraiment à quoi il servait. C’est lui qui aurait notamment imaginé d’isoler complètement les joueurs dans l’hôtel Kempiski de Vevey lors de l’Euro 2008 terminé par le fiasco que l’on sait. Cette stratégie de la mise à distance qui a perduré en Afrique du Sud jusqu’à l’étouffement et l’explosion de ce groupe replié sur lui-même.
Le journaliste devient un ennemi
Là où hier le rapport était «direct» entre le journaliste et le sportif et l’entraîneur qui échangeaient un minimum, il s’est aujourd’hui complexifié à l’extrême en raison des entourages pour finir par être complètement inexistant, ou presque, sur la foi de ce qui s’est passé avec les Bleus en Afrique du Sud. Le journaliste, qui n’est qu’une courroie de transmission entre le sportif et le public, est clairement devenu un «ennemi», quelqu’un qu’il faut tenter de contrôler coûte que coûte. «Une connerie», a tonné Bernard Tapie qui a indiqué que sa pire erreur de dirigeant de football avait été de couper l’Olympique de Marseille du reste du monde à la veille de sa finale (perdue) de coupe d’Europe à Bari en 1991 alors qu’il avait ouvert toutes les portes lors de celle (gagnée) de Munich en 1993.
Pour bien connaître cette problématique, le travail ne consiste plus à entrer en relation avec un champion, mais à passer le plus clair de son temps à négocier ferme avec des agents ou des attachés de presse, invisibles il y a quelques années, qui vous imposent des diktats souvent très farfelus, en dehors parfois de toute réalité. C’est le monde de l’étrange. Les marques communiquent de plus en plus sur des sportifs qui communiquent de moins en moins. Personne n’a entendu le son de la voix de Nicolas Anelka en Afrique du Sud, où il a contourné ses responsabilités médiatiques, mais tout le monde l’a écouté vanter les délices d’un hamburger à la télévision.
Menaces par SMS
Ces intermédiaires -agents, attachés de presse, communicants de tout poil- ont clairement pris le pouvoir. En France, l’avocat Didier Poulmaire en est l’un des plus connus. Il s’est rendu puissant en conseillant d’abord Amélie Mauresmo avant de devenir incontournable dans la peau de l’agent de Laure Manaudou. Et le voilà désormais gestionnaire de la carrière de Yoann Gourcuff. Dans un portrait peu flatteur publié l’an dernier, L’Equipe Magazine allait jusqu’à écrire ceci sur ce personnage si méfiant quand s’approche un reporter: «Certains confrères, qui ont eu affaire à lui, nous montrent des SMS menaçants où l’avocat les traite de “pauvre petit journaliste”».
Le journaliste sportif rabaissé, rendu inutile ou nocif et surtout transformé en bouc émissaire, c’est devenu une sorte de norme. Il y a quelques semaines, le timide Yoann Gourcuff, peut-être influencé par son conseiller, s’était emporté de la sorte pour trouver une excuse aux déboires et à la noyade de son équipe, les Girondins de Bordeaux. «La presse, la saison passée, vous étiez plus sur le dos de Lyon. Cette année, c’est Bordeaux qui en prend pour son grade. Tout cela crée une atmosphère, un climat. On a perdu de l’enthousiasme à cause de vous», avait-il pleurniché.
Raymond Domenech est, lui, entré en guerre depuis longtemps avec ces journalistes qu’il n’aura cessé de défier au cours d’interviews souvent brumeuses et belliqueuses. Une hostilité incompréhensible compte tenu de la nature de la presse française, très conciliante à côté de ses consoeurs espagnole, italienne et surtout britannique. Le sélectionneur français n’a jamais eu, en effet, à affronter le feu de tabloïds anglais qui ne lui auraient certainement pas permis de renouveler son bail, en 2008, après le fiasco de l’Euro. L’Equipe est, certes, un journal puissant, mais ce n’est pas un torchon. Le Suédois Sven-Göran Eriksson, l’ancien sélectionneur de l’équipe d’Angleterre, aujourd’hui de celle de Côte d’Ivoire, disait jadis qu’il préférait se lancer d’un tremplin de sauts à ski que d’affronter les tabloïds en conférence de presse.
Le retour des journalistes dans le jeu
Pour des raisons qu’il faudra bien qu’il nous explique un jour, Raymond Domenech s’est pourtant entêté à défier et traiter avec mépris et condescendance la presse française qui a fini par cristalliser une hostilité alors qu’elle ne demandait qu’à travailler en bonne intelligence. «On ne peut pas demander au public d’aimer une équipe alors qu’elle ne lui donne rien à commencer par Raymond Domenech qui, quand il parle à une caméra, donc au public, n’a qu’une envie: c’est de nous envoyer chier», a commenté récemment Yannick Noah qui a su mener des équipes de France à la victoire sans jamais se fermer aux medias.
Le fracas des jours à venir, à l’image de la Une de L’Equipe de samedi sur l’accrochage entre Raymond Domenech et Nicolas Anelka à la mi-temps de France-Mexique, promet désormais quelques déballages nauséabonds. C’est l’ironie de l’histoire. Les communicants des mutiques d’hier (Ribéry, Gallas, Anelka…) vont avoir du travail pour tenter de circonscrire les incendies qui vont partir de tous les côtés. Les journalistes repoussés voilà quelques jours retrouveront toute leur utilité, y compris pour coach Raymond à son retour en France. Ménage de (fin de) printemps. Ouvrez les fenêtres médiatiques…
Yannick Cochennec
Photo: Jean-Pierre Escalettes et Patrice Evra en conférence de presse le 19 juin 2010, REUTERS/Charles Platiau














Déclaration des Droits et des devoirs des journalistes (me semble-t-il) :
“…..La mission d’information comporte nécessairement des LIMITES que les journalistes eux-mêmes s’imposent spontanément …..
3) – publier seulement les informations dont l’origine est connue ou dans le cas contraire LES ACCOMPAGNER DES RESERVES NECESSAIRES ; ne pas supprimer les informations essentielles et ne pas altérer les textes et documents ;
4) – ne pas user de METHODES DELOYALES pour obtenir des informations, des photographies et des documents ;
5) – s’obliger à respecter la vie PRIVEE des personnes ;
6) – RECTIFIER toute information publiée qui se révèle inexacte ….”
Journalistes… vous avez dit journalistes, c’est ça ? …. Mais où ça ?
Après l’arrogance, l’argent, les prostituées, le mépris, l’incompétence, c’est la cerise sur le gâteau : haro sur les journalistes. Mais oui bien sûr, “c’est la faute aux journalistes” comme d’habitude, il fallait y penser. Non seulement ce sont des “imposteurs”, comme l’a écrit L’Equipe, mais en plus, ce sont des lâches. Les fautifs, ce sont eux : ils ont signé des contrats de milliardaires et ils ne savent même pas jouer au niveau d’un club e quartier… La honte.
Merci Monsieur Cochennec pour cet article.
Vous dénoncez les communicants, ces hommes de l’ombre, ignores du grand public.
Ce soir un reporter d’ i-télé, nous parlait de l’équipe du Danemark, totalement ouverte..
Mais cette équipe de France et la fédération ont trop de choses pas belles cacher, pour s’ouvrir a la presse.
La prolongation de Domenech, qui aurait du demissionner, s’il avait eu un soupçon de dignite..
Cette main que seul l’arbitre n’a pas vu, et qu’ ils voudraient oublier..
Platini s’est retrouvé dans la position du pape niant la pédophilie dans l’Église et l’évêque Escalette a nié cette tricherie lui aussi, pour pouvoir dire sa messe du foot en Afrique du sud..
Après les tricheurs, s’indignent parce qu’un journal ose, écrire ce qui s’est dit dans les vestiaires..
Attendons encore un peu et la presse sera responsable de la beresina annoncée depuis quatre ans, alors que sans tricher, ils n’avaient pas leur place en Afrique du Sud..
Pas besoin de cette “une” de l’ équipe, lorsque la TV retransmet ces matches sur toute la planète..
Je viens de lire votre article a la veille de ce match France Irlande…..
Depuis 1998, j’ai vécu dans plusieurs pays, et cette équipe nous fait honte partout, moins par ses résultats que par ses comportements répétés, depuis le coup de boule de zidane.
On ne peut que se désolidariser de cette bande de voyous.
Plutôt fan de rugby, parce qu’on fait bien la fête ( Pour l’ ASM, je confirme ) je me moque du foot, mais on ne peut y échapper et ils nous font tellement honte l’étranger.
Quels imbéciles ces joueurs, surtout Evra et Ribery qui peuvent se permettre de mettre le bronx, ils retourneront dans leurs clubs étrangers ( ou ils ne la ramènent pas), et sont l’abri des quolibets du public français.
Dans l’histoire on a perdu Thierry Henri , il est vraiment très discret..
Nous faire croire que tous les joueurs sans exception ont voulu signer ce manifeste.. Ils nous prennent pour des imbéciles.
Ils viennent ( je les vois déjà éliminés ) de faire perdre des millions d’euros a la FFF avec les droits télé, les sponsors…
Leur mutinerie permettra a la FFF de tout leur mettre sur le dos.
Nous avons un super Champion du Monde : Sébastien Loeb.
Passionnée de rallyes, je ne me sens pas frustrée par les échecs des bleus, mais par le manque de couverture télé de ces épreuves.
Un article que Bruno Roger-Petit devrait lire si ce n’est déjà fait.
Après la lamentable attitude du sélectionneur, vis vis de son homologue, puis lors de la conférence de presse, et après toutes ces années ou il s’est moque de la presse française, je ne comprendrais pas qu’ un journaliste lui tende encore un micro, même pour faire un scoop.
Je trouve lamentable qu’ i-télé, ait poursuivi anelka jusqu’a Londres..
C’est donner trop d’importance a ces nuisibles.
Idem , pour Evra ; qu’il garde ses révélations pour la Commission d’enquête.
Je crois que la presse s’ honorerait.
Ces gens on ne veut plus jamais les voir , ni les entendre.
Merci
C’est bien connu que c’est la faute des journalistes.
C’est vrai qu’avant qu’ils en parlent tout allait pour le meilleur des monde chez les bleus. Domenech était le meilleur entraineur, Escalette le president de la FFF le plus compétent jamais vu, les joueurs étaient unis et chantaient tous les soir au coin d’un feu.
Moi je dirai : HEUREUSEMENT qu’il y a encore des journalistes qui osent là où d’autres se taisent pour nous dire la vérité ! Sinon, on aurait tous gobé la bonne ambiance et l’excellente performance de ces “joueurs surpayés, pourris et gâtés” (comme l’a reconnu Escalette).
Vive la liberté de la presse ! Continuer de TOUT nous dire les journalistes… On a encore besoin de vous.
En revanche, les commentaires sportifs de la finale de foot sur TF1 ont été affligeants : dire “les hollandais ont la culture de la défaite”… mais pour qu’ils se prennent-ils ces commentateurs. Je savais qu’à TF1, les journalistes ne brillaient pas par leur intelligence et leur sens d’a-propos mais le soir du dimanche 11 juillet, cela a représenté le pompon ! du coup, j’ai fermé ma télé et suis allé lire le livre sur Jean Yanne… cela m’a réconcilié avec un certain journalisme et en plus, cela m’a fait rire !