Regarder le foot sur internet, c’est bien. Sauf quand la France joue… Plusieurs fois j’ai bien cru que mon PC avait planté. Anelka ne bougeait pas…
Une semaine déjà, que métamorphosé en intrépide internaute sans peur et sans reproche, je galope sur les sites interdits de streaming en folie. Je feinte, je virevolte, j’enchaîne petit et grand pont; feu follet chaud bouillant, je déborde, à gauche, à droite, je percute au milieu, à force mon ordinateur dopé aux amphétamines a chopé le tournis, mon écran chavire de bonheur, mon clavier rougit de plaisir, ma web cam souffre de torticolis. Rebelle à toutes formes d’autorité, j’emmerde avec superbe la Fifa et le Grand Capital, j’adresse un bras d’honneur aux médiums télévisuels et à leurs grands argentiers putassiers, me voilà intronisé comme le nouveau Robin des bois du web. Rien ne me résiste, j’ai tout vu, tout entendu, j’éructe désormais en des dizaines de dialectes, des commentateurs hier encore inconnus sont devenus mes amis les plus chers et, grâce à la bienveillance des hébergeurs de sites pirates, je croule sous des ribambelles de présents divers: des berlines de luxe encombrent mon salon, ma salle de bains dégorge de pilules viagra, j’ai gagné assez de voyages pour partir en croisière avec l’éternité comme partenaire et encore cet apanage de cadeaux n’est que peccadille comparé à tout ce qui m’attend: je ne compte même plus les promesses de don, les certitudes d’un avenir radieux, les «your Ip has been selected as a potentiel winner». Yes, this tout à fait cela, I am the winner, The roi of the king, The seigneur des réseaux.
J’ai paré, écopé, dévié…
Evidemment j’ai dû remporter moult batailles contre des virus en tout genre qui, jaloux de mon succès, voulaient connaître les secrets de cette foudroyante réussite. J’ai paré, j’ai écopé, j’ai dévié, je me suis battu, j’ai triomphé de menaces aussi sournoises que la présence de Pippo Inzaghi dans une surface de réparation, j’ai construit un bouclier anti-missile aussi performant qu’une défense à l’italienne, des espions soviétiques ont bien essayé de me soudoyer et des compagnies de téléphonie n’ont cessé de me harceler en me promettant des diffusions interstellaires en huit dimensions. En vain. Je suis incorruptible.
Bon, d’accord, je me suis ennuyé aussi. Les limites d’Internet. Ces grands corniauds d’inventeurs méga cool de la Silicon Valley n’ont pas été encore fichus de trouver un moyen d’enjoliver des rencontres aussi ternes qu’un enterrement de diva un jour de pluie. J’ai eu mon lot de matchs disputés à un rythme de sénateur asthmatique, des parties plombées par une peur toute shakespearienne de perdre ou ne pas perdre telle est la question, des joueurs aussi timides que des pucelles adolescentes devant un parterre de mâles onanistes. Des entraîneurs engoncés dans des tactiques aussi frileuses qu’un gouvernement en fin de mandat n’osant plus rien proposer de peur d’envenimer la vindicte populaire. Des spectateurs désœuvrés qui regardaient leurs vuvuzelas en se demandant ce qui leur avait pris de dépenser ainsi la retraite de mamie pour acquérir des objets aussi ridicules et difficiles à recaser même au-dessus de leur cheminée.
Internet est en rade? Ah, non…
Enfin j’ai vu la France, Ma France, Notre France bien-aimée, La France des droits de l’homme et du footballeur, la France éternelle, fille aînée de l’Église, sombrer corps et âmes face à des Mexicains à la mine blafarde. Sur le site internet de cbc.sports.ca, j’ai eu la possibilité de visionner le match à travers la prestation de Nicolas Anelka, le tout par la grâce d’une caméra isolée. Plusieurs fois j’ai bien cru que mon PC avait planté. Anelka ne bougeait pas ou alors si lentement que je pensais que mon chat avait mordillé mon câble Ethernet et que désormais je possédais une connexion à moins trois méga bits. Effrayant. Le tout sous le regard éteint de Domenech qui avec son manteau en velours à revers matelassé ressemblait à un oligarque russe visitant une de ses usines à l’abandon en partance pour une délocalisation juteuse. Heureusement, sans savoir comment, je me suis retrouvé sur un site mexicain ou du moins d’obédience latine. Ce qui est chouette avec leurs journalistes, c’est que quand bien même il ne passe rien –mais absolument rien– sur la pelouse comme par exemple lorsque par mégarde Govou hérite du ballon ou que Ribéry se met à réfléchir sur le pourquoi du comment, grâce à leur faconde, à leur enthousiasme bon enfant, à leur allant naturel, on a presque l’impression d’assister à une rencontre aussi palpitante à suivre qu’un débat du second tour de l’élection présidentielle. Sauf quand la caméra s’attarde sur Anelka, là désolé, mais même eux jettent l’éponge. C’est d’ailleurs le seul moment de la partie où ils se taisent et consultent leurs fiches.
Et de se demander, in fine: est-ce qu’au moins nos autorités fédérales crasses d’inanité ont prévu une assurance rapatriement pour joueurs incompétents, auquel cas c’est un charter entier qu’il faut affréter avec Anelka comme commandant de bord et Ribéry en chef de cabine.
Laurent Sagalovitsch
Photo: Anelka le 17 juin 2010. REUTERS/Radu Sigheti















J’ai l’impression que finalement, Domenech ne vas pas être le seul à morfler dans cette histoire. Ce ne sera que justice.
merci, merci infiniment pour cet instant de franche
rigolade me permettez vous de l’ enregistrer pour un ami aveugle
bonne continuation
solveïg bottecchia