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Le général Domenech sur sa ligne Maginot

De Gaulle-Domenech: difficile de trouver deux façons aussi radicalement opposées d’agir sur les évènements ou de subir les évènements.

Il y a plus de 70 ans, de vieux généraux résignés en appelaient aux mannes de la gloire de la France du passé –de la vieille France– en s’abandonnant dans la défaite. Le lendemain, un jeune général lance un appel qui se perd dans les ondes d’un avenir très incertain.

Bien plus tard, et aux antipodes de Londres, des millions de téléspectateurs voient se rejouer le même scénario au cours du match de football opposant la France et le Mexique. Alors que la défaite s’annonce, le général Raymond Domenech revient seul après la mi-temps et –pour ce qu’on en a vu à la télévision– s’enferme dans une résignation qui, quelle que soit la résolution de ses joueurs, ne peut que les conduire à la défaite. On ne le voit jamais –une fois de plus à partir des images proposées par la télévision– haranguer ses joueurs, réagir avec volonté après le premier but encaissé ou même donner des instructions. Aucun appel! Il n’opère qu’un seul changement et ne modifie en rien sa tactique. Il a sa ligne Maginot et campe dessus; qu’importent ses failles et ses contournements: il a raison, sa raison.

Comme dans la bataille de France, les élites se défilent et se résignent, laissant les soldats se battre avec courage, mais sans commandement général. Il est d’ailleurs stupéfiant de constater que nos manuels et nos livres d’histoire n’évoquent jamais la vaillance des troupes françaises, qui se sont très bien battues, alors que les vieux maréchaux comme Maxime Weygand voulaient avant tout prendre leur revanche contre la République (la France a toujours été trahie par ses élites et leurs petits arrangements avec les circonstances, justifiés de manière intellectuellement si brillante). Un jeune général –De Gaulle– avait clairement proposé une nouvelle stratégie de la guerre moderne avec l’usage des blindés; ce que nos vieux généraux ne voulurent pas comprendre et que Heinz Guderian appliqua avec tant d’efficacité contre l’armée française. Evidemment, si on croit que l’histoire se répète, comme en ce jour anniversaire du 18-Juin, alors un match est perdu et peut-être pas la Coupe –plus modestement la qualification au deuxième tour. Mais pour cela il faut croire en des lois ou des récurrences sous-jacentes de l’histoire et du cosmos, autres vieux tropismes de la pensée française.

La volonté des hommes, la force des astres

De Gaulle croyait en une destinée qui se forge par la volonté des hommes et il s’est affranchi des tutelles séniles du haut état-major de l’armée française. Domenech est un passionné d’astrologie –tout est écrit– placé sous la protection du vieux Président Jean-Pierre Escalettes qui s’accroche à son trône, se justifiant de la victoire 1998 comme d’autres de celle de 1918. Difficile de trouver deux façons aussi radicalement opposées d’agir sur les évènements ou de subir les évènements (un des sujets du bac de philosophie du jour résonne en la circonstance: faut-il oublier le passé pour se donner un avenir? ; dommage que nos lycéens aient eu à plancher avant ce triste match).

Domenech n’est pas un leader. Il a écarté les joueurs les plus charismatiques, allant jusqu’à faire subir une humiliation au soldat Thierry Henry: mort aux vainqueurs d’hier! On passe de l’astrologie à l’exorcisme. Où sont les joueurs capables de tenir une conférence de presse digne de ce nom? Il y en avait plus d’un en 1998. Le sélectionneur national a joué des antagonismes des égos pour mieux régner sur ce qui ne pouvait pas être une équipe, notamment capable de prendre des initiatives ou de faire des propositions. C’est de l’éthologie de base, celle des petits chefs incapables d’exercer un leadership sur des joueurs de talents et, ce qui manque en l’occurrence, mis en situation de ne pas pouvoir exprimer leurs talents.

Mais peut-on seulement en vouloir à Domenech et Escalettes? N’y a-t-il pas quelque chose de sordide dans l’inconscient national? Prenons le pari qu’après sa retraite comme sélectionneur, Domenech «écrira» des livres, fera des conférences et qu’il aura bien plus de succès que Daniel Constantini ou Claude Onesta et leurs merveilleux handballeurs, notamment à la télévision (une information: l’équipe de France féminine de football est championne d’Europe).

La France aime ceux qui nous mènent à la défaite parce qu’ils sont têtus ou sur un coup de tête; pas celui du général de Gaulle, qui fut si peu entendu en son temps.

Pascal Picq

Paléoanthropologue au Collège de France, président Co-Fondateur du think tank Cercle Sapiens

Photo: REUTERS/Charles Platiau

7 Réponses pour “Le général Domenech sur sa ligne Maginot”

  1. razim dit :

    Euh les footeux vous ne les gonflez hein… Ce n’est QUE du football, et comparer ça a la situation de la seconde guerre mondiale c’est aller un peu vite.

  2. Herber dit :

    Rapprocher pour comparer De Gaulle, chef de la France Libre au sélectionneur d’une équipe de -jambes- cassées est indigne !

  3. tom dit :

    Le paralelle que vous faites n’est-il pas un peu erroné, car, hier soir, point de vaillants soldats qui se sont battus avec courage, mais des enfants gatés ayant l’énergie d’une guimauve. Le général et ses soldats étaient égaux dans leur nullité.

  4. Didier2010 dit :

    Démission!
    Escalettes demission ! Aorès des promesses foireuses en 2008, il nous la rejoue pareil en 2010, alors “un peu de respect s’il vous plait Mr Escalettes, nous attendons votre démission, le plus tôt sera le mieux pour le football français !”

  5. testatio dit :

    Il me semble que de Gaulle était colonnel pendant la guerre. Il n’est devenu général qu’après avoir été président.
    Sinon, la vaillance des soldats francais d’hier était proche du zero absolu…

  6. Acturama dit :

    @Testatio : il te semble mal. De Gaulle est devenu général de brigade en 1940.

    Sinon, le parallèle foot / défaite de 1940 est un exercice de style. Ce qui compte, c’est la très juste analyse du tempérament de ce sélectionneur : immobile, fasciné par son propre pouvoir et l’intelligence qu’il se prête.

  7. Evans dit :

    Arrêtez! Vous poussez le pauvre homme au suicide. Arrêtez je vous en prie avant qu’il ne soit tard. Il a connu ses moments de gloire. C’est vrai qu’il a aussi ses défauts mais qui donc n’en a pas?Il vous parle tout le temps tellement fort par son silence et son enfermement que vous n’y comprenez rien.Vous l’étouffez et il imploseen son fort intérieur. Vous le lynchez et il s’en remet calmement á Dieu. S I L E N C E s’il vous plaît.

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