Le moins que l’on puisse dire c’est que les choses vont bien pour l’Espagne à quelques heures de son entrée en lice dans cette Coupe du monde face à la Suisse d’Ottmar Hitzfeld. Après avoir conquis l’Euro 2008, cassant au passage ce que l’on appelait depuis longtemps la «malédictions des quarts», et enchainé une qualification immaculée pour l’Afrique du Sud, la Roja, les observateurs et les supporters sont confiants sur les chances de l’équipe cette fois-ci.
Favoris malgré eux
Il faut dire qu’avec le Brésil, les espagnols sont les grands favoris aux yeux des experts et du public du monde entier. La presse espagnole n’a d’ailleurs pas manqué d’enchainer la longue litanie de personnalités qui donnent, de loin ou de près l’Espagne comme favorite. Pelé, Eusebio, Capello, Platini, Domenech (oui, on sait, ils le connaissent pas trop encore là bas…) et même les parieurs de Las Vegas. Seul tache, comme toujours, Maradona qui, avec un surprenant bon sens, veut qu’on «continue à donner l’Espagne favorite». «Si on te voit comme un bon candidat, t’es baisé», affirme-t-il avec sa finesse habituelle. Personne ne semble manquer à l’appel d’un pays qui rêve d’un titre mondial depuis plus de cent ans.
Son jeu stylé et harmonieux, un groupe compact et ses incroyables performances ces dernières années en font l’équipe à battre en Afrique du Sud. Pour autant, hors de question de se prendre au jeu et d’afficher un quelconque début d’arrogance. Tout le monde a tiré les leçons de 2006 et les footballeurs préfèrent afficher la modestie qui a si bien fonctionné en 2008. Si les joueurs acceptent quand même leur rôle de favoris, ils le font sans trop fanfaronner et en rappelant toujours que l’Espagne n’a jamais gagné la Coupe du monde et qu’il faut affronter le tournoi avec une grande humilité. Les discours visent toujours à calmer une euphorie régnante que rien ne semble pouvoir arrêter. Villa pense que cette attente est «une fierté pas une pression», Torres dit qu’il faut affronter la compétition avec humilité et match après matchs tandis que Sergio Ramos rappelle que «l’étiquette de favoris n’est que l’affaire du public et de la presse».
Car, pendant que les autres sélections enchainent des matchs amicaux piteux, des débuts difficiles, perdent des joueurs blessés ou connaissent des scandales extra sportifs, les Espagnols semblent vivre dans une bulle de tranquillité qui en devient presque ennuyeuse à force de cordialité et de calme.
Des débats pour passer le temps
Or la presse sportive espagnole (une des plus lues du monde) doit vendre. Tout en essayant de ne pas casser l’harmonie qui pourrait permettre le bon déroulement de la Coupe du monde pour la Roja. Le résultat? Des débats secondaires et futiles qui n’intéressent pas grand monde comme de savoir qui de Valdés ou de Reina doit être le deuxième gardien de la sélection. Quand ce n’est pas de philosopher sur le maillot de Llorente, qui serait trop petit et quelque peu érotique. Marca se paye même le luxe de… parler de foot: le quotidien le plus lus du pays se demande si l’Espagne doit jouer avec deux attaquants ou un seul.
Des problèmes qui doivent apparaitre comme un rêve pour les Français, les Anglais (qui aimeraient eux trouver leur premier gardien) ou même les Italiens. Des problèmes de riches comme seule l’Argentine, peut-être, peut en avoir. Il est vrai que l’état physique de Fernando Torres, opéré il y a quelques semaines du genou, inquiète un petit peu. Il en va de même de la forme d’Iniesta qui a brillé lors des matchs de préparation avant de se blesser à nouveau légèrement. Après la récupération de Cesc (d’une blessure musculaire), c’est le seul petit bémol qui pimente un peu les discussions et semble créer des doutes chez les aficionados. Mais la Roja semble avoir une telle profondeur de banc que ça en devient presque obscène. «La sélection espagnole est la favorite. Elle a beaucoup de joueurs qui feraient la différence dans n’importe quelle sélection du monde et les titulaires pourraient même l’être dans d’autres équipes comme le Brésil, mon autre favorite» nous explique Tori Blanco, journaliste au quotidien sportif espagnol El Mundo Deportivo. Avant de rajouter avec un sourire, «par contre, tous les joueurs du Brésil ne pourraient être titulaires avec l’Espagne». Ce n’est peut-être pas faux, mais il ne faut pas le dire trop fort…
Une nouvelle mentalité gagnante
L’autre grande nouveauté pour l’Espagne dans ce Mondial c’est qu’elle arrive en ayant enfin gagné un trophée international. Un changement de statut qui doit permettre (c’est ce que tout le monde espère) de se débarrasser de l’étiquette de loser que lui collent toujours les mauvaises langues. «Elle jouera bien et perdra en huitièmes ou quarts» est la chansonnette que les Espagnols ne veulent plus entendre. Pour s’en convaincre, l’entourage, par le biais du directeur sportif de la Fédération Espagnole, le grand Fernando Hierro, n’arrête pas de répéter que «la victoire à l’Euro a changé la mentalité de tout le groupe». Même les analyses de matchs ont changé. Après une rencontre plus que poussive contre la Corée du Sud (remportée de justesse 1-0), l’heure n’était pas à la critique mais plutôt au constat que la Roja gagnait presque par habitude, comme les grandes équipes.
Et on voit mal comment les Espagnols pourraient être éliminés dans la phase de poule. Mieux que ça. Il est probable que l’Espagne fasse une phase de poule parfaite (peut-être la meilleure du tournoi). Mais, là encore, le problème se présentera en huitième. Car autant les ibériques ont hérité d’un groupe facile, autant ils vont devoir affronter un tableau à hauts risques. Rien de moins qu’avec le deuxième (s’ils arrivent premiers) du «groupe de la mort» (Brésil, Côte d’Ivoire, Portugal et Corée du Nord). Et les vieux démons ne tarderont pas à refaire leur apparition.
Mais ne précipitons pas les choses. Pour l’heure, le match de ce soir doit surtout servir à deux choses. Premièrement, impressionner autant que les Allemands (les seuls qui ont vraiment montré quelque chose jusqu’à maintenant). Et, deuxièmement, voir quel va être le niveau des joueurs importants comme Torres, Villa, Iniesta et surtout… Xavi, le vrai cerveau de l’équipe. C’est simple: c’est de lui que dépendent les chances de l’Espagne. «Xavi est le meilleur joueur parce qu’il ne fait jamais d’erreurs, peut importe contre qui il joue. C’est le cœur de la sélection, infatigable et avec une mentalité de gagnant et une qualité incroyables», s’extasie Blanco. Et c’est un sentiment partagé par toute l’Espagne. Didac Peyret, journaliste sportif au quotidien El Periodico, explique que «Xavi est, bien sûr, le thermomètre du groupe. C’est la figure la plus visible d’un style de jeu qui fonctionne en Espagne. Il est en pleine maturité et c’est une garantie sûre». Et même si quelques mauvaises langues (en France et dans les couloirs de Slate) disent qu’il est fatigué, c’est lui le vrai petit génie du ballon d’or… pardon, du ballon rond. Celui qui peut faire rêver les amateurs de foot. Celui qui peut, une bonne fois pour toutes, amener le beau jeu après un début de Mondial peureux et soporifique. «Lo bueno se hace esperar» (les bonnes choses se font attendre), disent les espagnols. Nous saurons aujourd’hui à 16h00 si l’attente en valait la peine.
Aurélien Le Genissel
Photo: Les Espagnols Xavi et David Villa le 8 juin 2010 à Murcia, REUTERS/Juan Medina














Je crois, Aurélien, qu’il est temps d’arrêter de rêver. C’est bien d’aligner 100 passes de suite contre la Suisse, c’est encore mieux de marquer. Cette équipe d’Espagne est une équipe de Playstation, mais son premier titre mondial aussi appartient au domaine de la virtualité. “Joga bonito” = “Joga finito”, comme dit l’excellent Mathieu Grégoire dans le papier sur le Brésil.
Encore une fois, les Espagnols ne nous ont pas déçus. Ils sont partis en sucette. j’attendais, après ce papier, une démonstration de beau jeu, on a eu des toreros mous du genous face à un toro pourtant pas farouche aux cornes émoussés. Du coup, moi qui avais apprécié le démontage en règle du Brésil dans votre dialogue avec mr Mathieu, je vais changer mon fusil d’épaule et mettre une pièce sur la seleçao.
Que Hakan Yakin et sa coupe de cheveux dégueulasse l’emportent, c’est peut-être la plus belle histoire de ce match, et la plus grande des humiliations pour les Espagnols.
“Son jeu stylé et harmonieux”… mouais. “On voit mal comment les Espagnols pourraient être éliminés dans la phase de poule” bah moi je vois plutôt bien, une victoire de la Suisse contre le Honduras, un match très compliqué pour l’Espagne contre le Chili et hoplà!
Quand les journalistes apprendront-ils la leçon: un match de foot n’est jamais joué d’avance. Avant de parler des huitièmes, il aurait peut-être fallu analyser toutes les possibilités dans ce groupe, même les moins probables…
En tous cas, on ne peut pas dire que l’Espagne ait changé: un pays qui a la trouille de gagner en Coupe du monde. La gagne, ils feraient mieux d’aller demander à quelques Français qui ont accroché une étoile au maillot ce que ça veut dire
Espagne 0 Suisse1. Bah voilà, les milieux espagnols sont surcôtés. Ils jouent en marchant à 30 mètres des buts. Mourinho a donné les clefs pour les battre avec l’Inter, tout le monde va s’en inspirer.
En même temps quand tous les titulaires offensifs arrivent à peine à la taille des défenseurs suisses, ça devient gênant…
Pour mettre des petits ponts l y a du monde mais dès qu’il s’agit de marquer des buts…
J’ai effectivement arrêté de rêver aujourd’hui à 17h07. J’espère que ça sera qu’un petit cauchemar passager.
Par contre pour le « jogo bonito = jogo finito » on verra à la fin (voir l’Allemagne).
Ich liebe Switzerland.
L’Espagne était quand même (et je sais pas si j’en suis désolé) donné vraiment favorite et son jeu était indiscutablement «stylé et harmonieux» (ça c’est un fait). Mais (c’est aussi un fait), aujourd’hui ils ont lamentablement joué répondant ainsi à la deuxième question que posait le papier, « voir quel va être le niveau des joueurs importants comme Torres, Iniesta… ». Réponse : ils sont lents et maladroits et n’ont pas récupéré le niveau de jeu après la blessure.
Je souffre (beaucoup) de la défaite de l’Espagne mais ce n’est pas moi qui dirais qu’il n’y a pas une certaine beauté à bien défendre:
http://mondial2010.slate.fr/article/209/la-defense-cest-beau-parfois/
cet aprem, le coucou n’était pas suisse
Je voudrais tout simplement souligner la belle victoire de tout le peuple Suisse. Il n’y pas que le chocolat, les banques et le ski chez nous, il y a aussi des sportifs de haut niveau. Et nous ne sommes pas arrogants comme les Espagnols, qui fanfaronnent à la moindre victoire. Monsieur Le Genissel, vous avez beaucoup à apprendre des Suisses, à commencer par l’humilité dans la victoire. Hop La Suisse!
@sylvain: Mon frère aurait une coupe déguelasse? ça c’est bien une réflexion de footix français. Et la brosse de Deschamps? Le balai-brosse de Pedretti? Les cheveux gras de Fiorèse?
@A. Le Genissel: Au FC Bâle, nous avions coutume de dire: Klein Style, Große Ergebnisse
J’ai vu le match dans un kebab de Lucerne avec Kubi Turkyilmaz, il en avait les larmes aux yeux!! Ca me rappelle la grande épopée de 1994, je revois encore l’ouverture du score d’Alain Sutter contre les Roumains.
Merci Gilson!