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Pas pris, pas dopé

La Fifa promet des contrôles, mais de nombreux détracteurs dénoncent une démarche cosmétique.

Si l’on en croit les annonces de la Fifa, 256 prélèvements seront effectués sur les 736 joueurs qui participeront à la Coupe du monde. La fédération «prend la lutte contre le dopage très au sérieux, bien que les contrôles positifs soient plus rares que dans les autres sports», tel était le message affiché lors de la 3e conférence internationale de médecine du football qui se tenait à Rastenburg (Afrique du Sud) en février dernier. Le président de la commission médicale de la Fifa, Michel d’Hooge, déplorait à cette occasion le montant trop élevé des budgets nécessaires au repérage des fraudeurs: 3 millions de dollars investis en moyenne pour un dopé aux stéroïdes identifié. Pourtant, la campagne de contrôles inopinés qui a débuté le 10 avril dernier en prévision du Mondial n’est dotée que de 100.000 dollars. Un faible montant justifié par la rareté supposée du dopage dans le football…

Un mois de contrôles est passé, et toujours aucun fautif pris la seringue dans le bras pour l’instant. Cette année, «sur plus de 35.000 contrôles de dopage effectués au total dans le football, seulement 0,03% de cas positifs ont été décelés», répète régulièrement Jiri Dvorak, médiatique membre de la commission médicale de la Fifa. En conséquence, la priorité annoncée par la Fifa pour le Mondial 2010 se porte plus sur «la prévention des comportements à risque», que sur le repérage de conduites frauduleuses.

Y aura-t-il des dopés en Afrique du Sud?

Pourtant d’innombrables témoignages laissent entendre que le dopage existe bien dans le football de haut niveau et qu’il est très perfectionné. Il suffit pour s’en persuader de lire l’interview de l’ancien international brésilien Romario dans le magazine So Foot de mai: «La drogue est partout. Dans ma carrière, j’ai vu des défenseurs douteux […] Quand ils venaient au contact j’avais l’impression d’affronter des bêtes féroces. Ils avaient les yeux injectés de sang, les dents serrées et ils couraient sans suer 90 minutes. Même quand le ballon était en touche, tu les voyais courir, incroyable!»

Il paraît dès lors inutile de revenir sur les scandales avérés de Marseille, de la Juve, ni sur les anecdotes de Johnny (2003) au sujet des cures d’oxygénation du sang par transfusion (article payant). Elles lui étaient alors conseillées par son ami Zidane (article payant), qui paraît-il, s’y soumettait lui-même «deux fois par an». De nombreux spécialistes du dopage estiment le discours de la Fifa cosmétique et hypocrite: la véritable règle, c’est «pas pris, pas dopé». Plusieurs médecins sportifs dénoncent la rhétorique pernicieuse. Selon la direction de la Fifa, «dans les sports d’équipe, il n’y a pas de recours au dopage. Donc, dans l’hypothèse où on pense qu’il n’y en a pas, on ne cherche pas, et donc on ne trouve pas», dénonçait en 2006 dans les colonnes du quotidien le Monde, Michel Audran, spécialiste du dopage et directeur de recherches à la faculté de Montpellier.

Produits de qualité

Si les «prises» sont si rares, c’est que la lutte antidopage dans le football est avant tout une affaire d’image pour Pierre Ballester, journaliste sportif spécialiste du dopage et auteur de nombreux ouvrages qui lui valent encore bien des animosités. «Le dopage dans le foot, c’est un tabou connu. Les fédérations nationales n’ont de comptes à rendre à personne. Leur intérêt est d’avoir la meilleure image possible, un maximum d’adhérents.» Les contrôles dans le football sont très souvent urinaires et ne permettent pas de déceler efficacement les pratiques dopantes les plus performantes, comme l’auto transfusion sanguine. Sans compter qu’en France, on protège volontiers les idoles, comme au bon vieux temps du procès de la Juventus de Turin en 2002-2005, qui portait sur des faits remontant à la grande époque italienne des Deschamps-Zidane de 1994 à 1998… Ces mêmes joueurs qui composèrent l’équipe de France en 1998. Il était pourtant question des transfusions et de cures d’EPO.

Le budget affiché étant de 100.000 dollars, et 256 tests étant prévus pour ce Mondial, on peut en déduire que chaque test revient à 390 dollars. Pourtant Jiri Dvorak, qui assure que «le football n’a qu’un rapport minime avec le dopage», estime que «chaque échantillon revient à 1.000 dollars US, pour un coût annuel de 30 millions. Cela signifie que pour découvrir un tricheur qui a utilisé des stéroïdes, il faut dépenser environ 3 millions de dollars US. À l’échelle mondiale, la lutte contre le dopage s’élève probablement à 250 millions de dollars US par an.» Est-ce à dire que les contrôles du Mondial seront des examens au rabais, moins bons ou moins poussés?

Pour le médecin sportif Jean-Pierre de Mondenard, le montant n’a que peu d’importance. «Ce sont des contrôles annoncés et faciles à contourner, c’est pour le public ces mesures. Les rares qui tombent se font prendre par inadvertance. Dans le football de haut niveau on a le top, les dopeurs scientifiques. Ils en ont les moyens.» Pour les conduites dopantes classiques, il est avéré que les staffs médicaux ont appris à contourner les contrôles. Pierre Bordry le président de l’Agence Française Lutte contre le Dopage (AFLD) annonçait par exemple en avril qu’une équipe de cyclistes ukrainiens surdopés aux EPO avait été contrôlée négative lors du Tour de l’avenir cycliste. Seule la découverte de leur «pharmacie» avait permis une mise en examen. Les coureurs ont alors révélé avoir été traités à l’aide de cocktails contenant un florilège de produits à faible dose, par conséquent difficiles à détecter, et dans des délais permettant leur disparition au moment critique du prélèvement.

Coup de fouet légal

«Les produits les plus efficaces ne sont parfois même pas recherchés, comme l’Actovégin, à base de sang de veau déprotéïné», selon le docteur de Mondenard. Et pourtant le produit circule en abondance. Il fut par exemple conseillé à Patrick Vieira, lors de l’Euro 2008 par le médecin du Bayern Munich, le Docteur Hans-Wilhelm Müller-Wolfahrt, qui en a fait lui-même usage dans son club (celui du bleu Ribéry). Il avait alors été rejeté par le staff médical des bleus. Ce dopant, interdit en France, accélère la cicatrisation. «On en trouve dans toutes les pharmacies des grands clubs européens. Cela permet notamment de mieux jouer en altitude», ajoute de Mondenard. Pratique pour les matchs à 1.750 mètres, sur les hauteurs de Johannesbourg.

«Je ne trouve pas normal non plus que certains puissent utiliser des tentes à oxygène appauvri pour se préparer. Ça non plus, ce n’est pas vraiment interdit ni même recherché dans les contrôles. Les labos cherchent ce qu’on ne prend pas ou plus, les sportifs de haut niveau prennent ce qu’on ne cherche pas», poursuit le virulent docteur. Bien que l’agence mondiale antidopage se soit penchée sur l’usage de ces tentes il y a quelques années, et qu’il fut alors assimilé à du dopage sanguin, l’Angleterre et le Japon ont ouvertement annoncé qu’ils y avaient recours en vue du Mondial.

Marc de Boni

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